Au lendemain du premier grand week-end de chassé-croisé estival, les images ont une nouvelle fois marqué les esprits : autoroutes saturées, aires de repos prises d’assaut… et files d’attente devant les bornes de recharge électrique. Classé noir dans les deux sens de circulation, ce week-end du 1er août 2026 aura confirmé une nouvelle tendance : la voiture électrique s’invite désormais massivement sur les grands axes de départ en vacances, au point de mettre sous tension certaines infrastructures de recharge. Si ces situations peuvent générer de la frustration chez les automobilistes, elles traduisent surtout une évolution profonde du paysage automobile français. L’électrique n’est plus une alternative marginale, mais bien une réalité de plus en plus visible sur les longs trajets. À mesure que son adoption s’accélère, notamment portée par la hausse des prix du carburant et les nouvelles contraintes réglementaires, de nombreux conducteurs découvrent encore les spécificités de ce mode de mobilité, en particulier lors des périodes de forte affluence. Car derrière ces files d’attente se cachent aussi des enjeux d’anticipation et d’organisation. Choix des horaires de départ, planification des arrêts recharge, sélection des bornes les plus adaptées ou encore compréhension des pics de fréquentation : autant de paramètres qui peuvent faire toute la différence entre un trajet fluide et une expérience plus contraignante. Face à cette situation, Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev (entreprise française spécialisée dans le leasing de véhicules électriques pour les particuliers et les entreprises avec déjà plus de 5 000 clients accompagnés depuis 2020), décrypte ce phénomène des files d’attente sur les aires d’autoroute et partage les bonnes pratiques à adopter pour voyager sereinement, même lors des week-ends les plus chargés de l’été.
PS : Les files d’attente aux bornes cet été sont-elles un signal inquiétant pour la voiture électrique ?
Solal Botbol : Ces files d’attente racontent surtout une bonne nouvelle : l’électrique se banalise, y compris sur les grands trajets estivaux. En un an, la part des vacanciers qui prennent la route en voiture électrique est passée d’environ 5 % à 6-7 % lors des grands départs. Résultat : les bornes tournent à plein régime, avec 752 kWh consommés en moyenne par point de recharge en avril 2026, soit +68 % en un an, et 32,2 sessions mensuelles contre 22,4 auparavant. Le défi n’est donc plus de convaincre les Français de passer à l’électrique, mais d’accompagner une adoption qui va faire chaque jour un peu plus partie de notre quotidien, y compris pendant les vacances.
« Ces files d’attente racontent surtout une bonne nouvelle : l’électrique se banalise »
PS : Ce phénomène va-t-il devenir de plus en plus fréquent ?
SB : Il ne faut pas confondre un pic de fréquentation avec un problème structurel : le réseau de recharge fonctionne. L’été dernier, le taux de disponibilité des bornes sur autoroute dépassait 98,5 %, preuve que l’infrastructure tient ses promesses. Les tensions observées lors des grands chassés-croisés sont avant tout liées à quelques plages horaires et quelques zones particulièrement chargées. Avec une recharge rapide de 20 à 40 minutes contre quelques minutes pour un plein d’essence, l’enjeu est désormais d’apprendre à mieux répartir les usages pour éviter les embouteillages aux bornes.
PS : La France dispose-t-elle aujourd’hui d’un réseau de recharge bien réparti sur son territoire ?
SB : La France a franchi un cap majeur avec près de 198 000 points de recharge ouverts au public au 30 juin 2026, soit près de 290 bornes pour 100 000 habitants. Le sujet n’est donc pas un manque global d’infrastructures, mais leur répartition face aux pics de demande. Aujourd’hui, seulement 2 % des bornes publiques sont situées sur les autoroutes, contre 46 % dans les commerces et 32 % dans les parkings. Lors des grands départs, quelques axes concentrent des milliers de conducteurs au même moment : c’est cette concentration, plus qu’un déficit de réseau, qui crée les files d’attente.
« L’enjeu des prochaines années sera clairement d’accompagner le changement d’échelle de l’électrique »
PS : Les temps d’attente aux bornes ne sont-ils pas aussi liés à l’évolution de la technologie de recharge ?
SB : Le réseau français ne progresse pas seulement en quantité, mais aussi en qualité. Aujourd’hui, 12 % des points de recharge dépassent les 150 kW et permettent des arrêts beaucoup plus courts, tandis que nos autoroutes concentrent environ 4 400 prises ultrarapides. La réalité, c’est que nous sommes à un carrefour technologique et que nous allons passer d’une logique de recharge longue à une logique de pause optimisée de 20 à 40 minutes. Cela va mécaniquement réduire ce phénomène de files d’attente d’ici quelques années.
PS : Le réseau de recharge autoroutier sera-t-il capable de suivre la croissance rapide du véhicule électrique ?
SB : L’enjeu des prochaines années sera clairement d’accompagner le changement d’échelle de l’électrique. L’État prévoit de multiplier par cinq le nombre de bornes sur les autoroutes et routes nationales d’ici 2035, avec un objectif de 22 000 points de recharge pour les véhicules légers, contre environ 4 500 aujourd’hui sur les grands axes. Ces nouvelles infrastructures devront être à la hauteur des usages, avec des bornes de 150 kW capables de recharger un véhicule en 20 à 25 minutes, pour assurer la rotation rapide des véhicules.Â
PS : Quels sont les bons réflexes pour éviter les files d’attente aux bornes sur l’autoroute cet été ?
SB : Voyager en électrique sur de longues distances demande surtout un peu d’anticipation. Réflexe N°1 : consulter les prévisions de trafic. Réflexe N°2 : éviter les heures de pointe. Réflexe N°3 : recharger seulement jusqu’à 80 % car il faut autant de temps pour recharger sa batterie jusqu’à 80 % que pour recharger les 20 % restants. Réflexe N°4 : vérifier la disponibilité des bornes en temps réel et les temps d’attente annoncés. Enfin, réflexe N°5 : adopter un comportement responsable et libérer sa place dès que la recharge est terminée. En effet, une borne n’est pas une place de stationnement. D’ailleurs, le Code de la route considère comme un stationnement gênant le fait d’occuper une borne sans recharger, avec une amende de 35 € à la clé. De leur côté, certains opérateurs ajoutent des frais de surstationnement pour les utilisateurs qui laisseraient leur véhicule branché au-delà du temps nécessaire. Libérer rapidement sa borne, c’est donc contribuer à fluidifier la recharge pour tous et s’éviter des pénalités financières inutiles.Â

