Après la publication du plan français d’électrification en mai dernier, la Commission européenne dévoilera le 15 juillet son très attendu Electrification Action Plan (EAP). Son ambition est claire : accélérer l’électrification des transports, de l’industrie et des bâtiments afin de réduire la dépendance de l’Union européenne aux énergies fossiles.
Au-delà des objectifs affichés par l’UE en matière d’électrification, une question déterminera la réussite de cette stratégie : comment accompagner une forte hausse de la consommation d’électricité sans faire exploser les besoins d’investissement dans les réseaux, les coûts pour les consommateurs ou les contraintes pesant sur le système électrique ?
Le défi est considérable. En France, le seul déploiement des pompes à chaleur pourrait accroître les pointes de consommation de près de 10 % d’ici 2030, soit 1 à 2 GW de puissance supplémentaire par million d’équipements installés. À l’échelle européenne, l’électrification des usages, le développement des datacenters et l’essor des véhicules électriques accentueront encore cette pression sur les réseaux. Dans plusieurs communications récentes, la Commission européenne souligne que la flexibilité de la demande constitue l’un des principaux leviers pour accompagner cette transformation, tout en constatant que de nombreux États membres accusent encore un retard dans l’ouverture de leurs marchés électriques aux acteurs de la flexibilité. Parmi les questions qu’elle soulève :
- Le plan européen corrigera-t-il les limites déjà identifiées dans les premières stratégies nationales, notamment en France ?
- Les investissements dans les réseaux seront-ils suffisants ou la flexibilité de la demande devra-t-elle devenir un pilier de l’électrification ?
- Comment financer durablement la transition vers les pompes à chaleur, les véhicules électriques et l’électrification industrielle ?
- Le prix actuel de l’électricité constitue-t-il encore un frein à l’électrification des usages ?
- Quelles conséquences concrètes pour les consommateurs et les entreprises si les réseaux et les mécanismes de flexibilité ne progressent pas au même rythme que l’électrification ?
Les entreprises européennes considèrent de plus en plus l’électrification comme un facteur essentiel de compétitivité, de sécurité énergétique et de résilience économique à long terme, mais elles déplorent la lenteur des évolutions des infrastructures et des politiques publiques. Dans les pays européens interrogés, une très large majorité prévoit d’électrifier ses activités d’ici 2035, voire avant (90 % au Royaume-Uni, 87 % en France, 81 % en Allemagne et 83 % en Pologne). Par ailleurs, 93 % des entreprises britanniques et 90 % des entreprises françaises estiment que l’électrification améliorerait leur sécurité énergétique. Dans le même temps, 78 % des entreprises allemandes, 75 % en France et 74 % en Pologne jugent que les gouvernements tardent à agir en matière d’électrification. Le soutien aux investissements dans les réseaux électriques est massif : 90 % au Royaume-Uni, 88 % en France, 88 % en Pologne et 87 % en Allemagne. Au Royaume-Uni, 60 % des entreprises envisageraient de délocaliser leurs activités si leur gouvernement ne leur apportait pas un soutien suffisant pour l’électrification.
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Chiffres clés
- 800 TWh de flexibilité devront être mobilisés chaque année dans l’Union européenne d’ici 2030 (2 000 TWh à l’horizon 2050).
- 7 ans après la directive européenne de 2019, une majorité de marchés électriques restent encore insuffisamment ouverts aux solutions de flexibilité de la demande.
- +10 % : hausse des pointes de consommation en France d’ici 2030 liée au seul déploiement des pompes à chaleur.
- Jusqu’à 71 milliards d’euros par an : économies potentielles pour les consommateurs européens grâce à un recours accru à la flexibilité, selon les estimations de la Commission européenne.

