Interview/Marie-Sylvie Bertail, DG OKWIND : « Quand chaque euro de CAPEX doit compter, OKWIND sait faire ! »

Nommée fin avril 2026 à la tête de OKWIND, spécialiste français du tracker, Marie-Sylvie Bertail qui affiche trente ans d’expérience dans le monde de l’énergie et de l’efficacité énergétique, croit fermement au potentiel de résilience de l’entreprise qui s’est séparée d’une centaine de collaborateurs en ce début d’année. Et les atouts remarquables de ce tracker 100% français y sont pour quelque chose. A l’heure où chaque euro de CAPEX va compter. Avec sa nouvelle DG aux commandes, OKWIND à la relance !

Plein Soleil : Voilà cinq mois, vous preniez la direction d’OKWIND. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’aventure ?

Marie-Sylvie Bertail : Suite à un audit stratégique, j’ai vraiment été conquise par l’entreprise qui intègre des équipes d’ingénieurs passionnants et passionnés ainsi qu’un service de R&D très dynamique. Et puis il y a les avantages et les atouts du tracker. Il s’agit d’un super produit qui n’est pas suffisamment connu. Le tracker OKWIND est vecteur de création de valeur financière et extra-financière notamment grâce à sa faible emprise foncière. Un mètre carré au sol suffit pour porter 111 m² de panneaux, contre environ 300 m² nécessaires pour une installation solaire au sol à production équivalente.  Il s’agit d’un produit efficace en matière de décarbonation avec un très bon productible à savoir 70% plus efficient et plus étalé dans la journée, plus tôt le matin et plus tard le soir. Il émet 24 g de CO2 au kWh contre 44 g de CO2 au kWh pour le parc PV moyen français. C’est un produit qui peut contribuer massivement à la décarbonation dans les Scope 1&2.

« Cela va aller mieux en 2027 »

PS : Combien de trackers OKWIND sont-ils installés aujourd’hui en France ?

MSB : On compte aujourd’hui plus de 5 000 sites équipés de trackers OKWIND sur le sol français soit un peu plus de 5 500 trackers installés en tout (30% C&I). Suite à la crise ukrainienne en 2023, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros. Un véritable exploit ! C’était à l’époque de la flambée des prix de l’électricité qui permettait d’optimiser les TRI de nos installations. Nous avons été très présents dans le monde agricole en électrifiant des fermes, des exploitations, des laiteries…

PS : Après 2023, le marché s’est retourné. Quelle est votre situation aujourd’hui ?

MSB : Les années qui ont suivi ont été en effet très difficiles avec la forte baisse du tarif de surplus et la stabilisation des prix de l’énergie. Le CA est tombé à 57 millions d’euros en 2024 et 24 millions d’euros en 2025. Suite à notre Plan Social d’Entreprise (PSE) en février dernier, nous avons réduit la voilure avec une variation d’effectif d’une centaine de personnes. Nous comptons aujourd’hui 137 collaborateurs au sein de l’entreprise. Les charges de personnel ont généré de lourdes pertes. Le CA 2026 devrait être globalement stable. Via un beau backlog, nous attendons avec impatience 2027. Cela va aller mieux. Il est à noter que certains actionnaires historiques viennent de réaliser une augmentation de capital de 3,8 millions d’euros pour remettre à flot l’entreprise et éviter toute dilution. C’est la preuve qu’ils croient dans le projet OKWIND, 100% français au label Made in France.

« La meilleure électricité est celle que nous produisons nous-mêmes »            

PS : Quelle va être la nouvelle philosophie de l’entreprise pour redresser la barre ?

MSB : Nous nous sommes repliés sur quelques produits phares à fortes composantes R&D, un département innovation sur lequel nous avons continué à investir et que nous n’avons jamais lâché. Notre tracker bi-axes bi-faces piloté, conçu pour répondre aux contraintes énergétiques des sites professionnels et agricoles est ainsi particulièrement performant. Nous avons également fait évoluer notre écosystème de stockage avec le lancement de la nouvelle gamme MEA Stock 80 et MEA Stock 113 (80 et 130 kWh). Le binôme tracker-batterie est d’ailleurs très pertinent dans l’idée d’un socle de production. Il nous permet de calquer les capacités de stockage directement sur la production des trackers et les besoins réels des clients. Le tracker optimise les cycles charge/décharge et augmente la durée de vie des batteries. Nous avons d’ailleurs été les premiers à dire qu’il fallait intégrer des batteries dans les armoires. Comme vous le voyez, nos nouvelles offres sont vraiment tournées vers la quête d’autonomie, une notion qui a le vent en poupe. Le plus important pour nos clients est d’anticiper la volatilité à venir pour les 15 à 20 ans qui viennent. Au nom d’un mantra : la meilleure électricité est celle que nous produisons nous-mêmes.

PS : Et sur l’organisation même de l’entreprise ?

MSB : Nous avons décidé de changer notre mode de commercialisation avec deux business units. Avec OKWIND Services, nous déployons en direct notre offre produit auprès des exploitations agricoles et des filières que nous accompagnons historiquement. Sans pour autant insister sur l’agrivoltaïsme dont les cycles de développement sont longs et moins alignés avec notre modèle. Avec OKWIND Constructeur, nous adressons en tant qu’équipementier, le C&I et les collectivités au travers de partenaires-distributeurs. Nous avons démarré des partenariats avec des acteurs du type Spie, Dalkia, Eiffage ou IDEX. Nous proposons une plateforme dédiée à nos partenaires, leur permettant de dimensionner, prescrire, installer et assurer le suivi de nos solutions tout au long de leur cycle de vie. Elle leur offre également la possibilité de faire bénéficier leurs clients de notre EMS et de ses fonctionnalités intégrées d’optimisation tarifaire, afin de maximiser la performance énergétique et les économies réalisées. Ce sont eux qui seront au contact du client final. De quoi fluidifier notre politique commerciale. Peut-être signerons-nous également des partenariats avec des développeurs. C’est en réflexion.

« Il y a de la place pour les EnR et que nous devons continuer à les développer »

PS : Et que dire du marché qui sort du confort des tarifs d’achat et qui voit se raréfier les appels d’offres ?

MSB : Sur ce point, je dois dire que nous avons déjà rencontré les problèmes qui se posent aujourd’hui : nous n’avons jamais été subventionnés. Il a fallu nous débrouiller avec la rentabilité de nos trackers comme maintenant avec celle de nos systèmes. Quand chaque euro de CAPEX doit compter, on sait faire ! Comme vous le savez, nous nous adressons exclusivement au marché de l’autoconsommation et l’autoconsommation est un modèle rentable indépendamment de tout mécanisme de soutien public, donc non exposé aux aléas des dispositifs réglementaires. Et cela, c’est notre force. Nos clients veulent réduire leur exposition à un environnement énergétique volatil et très dépendant des choix réglementaires. C’est ce qui nous fait dire qu’il y a de la place pour les EnR et que nous devons continuer à les développer. J’ai en mémoire un client qui affiche 87% d’autonomie. Là, je me dis que la partie est gagnée.

PS : Quid de l’ACC ?

MSB : C’est un sujet auquel nous pensons bien sûr en nous appuyant déjà d’ailleurs sur notre parc existant. Avec la règle des vingt kilomètres, dans la ruralité, on peut imaginer de nombreux projets en ACC. Et les innovations futures vont y contribuer. Trois trackers réunis, une batterie de 200 kWh et un EMS intelligent, de quoi faire prospérer l’activité ACC…

Encadré

OKWIND : cas d’usage avec les stations d’épuration

Avec la loi DERU 2, les stations d’épuration de plus de 10 000 équivalents-habitants entrent dans une nouvelle séquence : audits énergétiques réguliers (avant fin 2028 pour les stations de plus de 100 000 EH, avant fin 2032 pour celles entre 10 000 et 100 000 EH), plans d’optimisation et objectif national de neutralité énergétique du secteur. La transposition en droit français est attendue avant juillet 2027. Les collectivités et exploitants ont déjà commencé à s’organiser. OKWIND accompagne déjà plusieurs stations d’épuration sur ce terrain, et propose un éclairage concret sur la question que se posent aujourd’hui les opérateurs de l’eau : comment réduire la dépendance énergétique de sites qui fonctionnent 24h/24, sans jamais perturber la continuité du service public de l’assainissement ?
Une STEP présente en effet un profil particulièrement adapté à l’autoconsommation solaire : elle consomme en continu pour l’aération des bassins, le relevage, le pompage ou le traitement des boues. L’enjeu n’est donc pas seulement d’installer du photovoltaïque, mais de produire au plus près des usages et de maximiser la consommation sur site.

À Laillé, Rennes Métropole a équipé sa station d’épuration de deux trackers photovoltaïques OKWIND (2 TRK 117) depuis l’été 2022, avec comme résultat 75 % d’autoconsommation et 27 % d’autonomie énergétique. Sur les douze derniers mois, l’installation a produit 74,5 MWh d’énergie verte, soit l’équivalent de 1,2 tonne de CO2 évitée par rapport à un soutirage sur le réseau électrique.
Au Syndicat des eaux de la Veaune (26), une installation comparable (4 TRK 117, également depuis l’été 2022) atteint 85 % d’autoconsommation et 45 % d’autonomie énergétique, pour 178,2 MWh d’énergie verte produite et 2,8 tonnes de CO2 évitées sur la même période. Un retour d’expérience qui illustre la manière dont l’autoconsommation peut contribuer à la maîtrise des dépenses énergétiques des infrastructures d’eau.

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