La France à la traîne en Europe pour le solaire résidentiel : quelles solutions pour dynamiser le secteur ?

En matière d’équipements solaires résidentiels, la France reste très loin derrière certains de ses voisins européens, comme les Pays-Bas (58 % des maisons équipées), la Belgique (39 %) et l’Allemagne (33 %), ce qui montre que l’ensoleillement, à lui seul, ne suffit pas à expliquer le niveau d’équipement en panneaux solaires. Hello Watt suggère quelques pistes pour infléchir la tendance. Détails !   

Au total, la France compte 1,24 millions d’installations solaires, soit 6 % des maisons équipées 5 ans, contre 5,41 % un an plus tôt, ce qui représente une hausse de 10,9 %. Et en trois ans, le taux de maisons équipées de panneaux solaires a presque doublé : il était de 3,26 % fin juin 2023.

Malgré sa progression, la France toujours en retard par rapport à ses voisins européens

La France reste néanmoins en retard par rapport à ses voisins européens, engagés plus tôt dans le développement du solaire résidentiel. Le classement des pays européens les mieux équipés en panneaux solaires montre que l’ensoleillement n’est pas le premier moteur du développement du photovoltaïque résidentiel. C’est plutôt le prix de l’électricité qui est le facteur déterminant8 : lorsque l’électricité est chère, produire et consommer sa propre énergie est très avantageux. Les aides publiques (particulièrement au début du développement du marché) et la maturité des filières jouent également un rôle important. Les pays les mieux classés cumulent plusieurs de ces facteurs. Aux Pays-Bas, un système de facturation nette très avantageux, combiné à des prix élevés de l’électricité, a permis au marché résidentiel de décoller très tôt. En Belgique, le coût de l’électricité, le fort taux de propriétaires et les certificats verts disponibles jusqu’en 2021 ont favorisé l’équipement des ménages. L’Allemagne a, de son côté, massivement soutenu le photovoltaïque avec des tarifs de rachat du surplus garantis pendant 20 ans. Ce système permet de déduire de sa facture l’électricité solaire injectée sur le réseau, comme si elle compensait l’électricité consommée à un autre moment. Proposé notamment en Flandre et en Wallonie, ce système permettait aux particuliers de revendre leur électricité aux fournisseurs d’énergie à un prix très attractif. En Italie, l’ensoleillement et les dispositifs d’aide ont déclenché plusieurs vagues d’installation. Au Royaume-Uni, les prix élevés de l’électricité favorisent le solaire, mais la part importante de locataires et de maisons mitoyennes limite le nombre de logements faciles à équiper. L’Espagne dispose d’un marché photovoltaïque très dynamique pour la filière commerciale et industrielle, mais le solaire résidentiel est moins répandu, avec seulement 6,3 % des maisons équipées. Ce retard s’explique notamment par un prix de l’électricité longtemps plus faible en Espagne que dans le reste de l’Europe. De plus, jusqu’à récemment, le développement du solaire résidentiel était freiné par un cadre réglementaire peu favorable, avec notamment la “taxe sur le soleil” en vigueur entre 2015 et 2018. Enfin, 65 % des ménages espagnols vivent en immeuble collectif.

Pour accélérer le rattrapage français, deux mesures proposées dans le rapport Lévy-Thuot : éco-prêt à taux zéro et TVA réduite

La France, malgré son taux d’ensoleillement beaucoup plus favorable que les pays en tête de classement, accuse un retard important avec un taux de maisons équipées 10 fois moins important qu’aux Pays-Bas. Des aides moins généreuses que dans les pays pionniers, des démarches administratives parfois complexes et une électricité nucléaire historiquement peu chère jusqu’à la crise énergétique de 2022 ont freiné son essor. Pour accélérer le rattrapage français, deux mesures proposées dans le rapport Lévy-Thuot sur le soutien public aux énergies renouvelables, publié en avril 2026, sont particulièrement intéressantes.

La première serait d’intégrer le solaire résidentiel à l’éco-prêt à taux zéro, un prêt sans intérêts qui permet de financer des travaux de rénovation énergétique. Car si le solaire est rentable pour tout le monde, seuls les ménages les plus aisés disposent de l’épargne nécessaire pour investir. Ouvrir l’éco-PTZ au photovoltaïque permettrait de démocratiser cette solution, mais aussi de limiter l’éco-délinquance, puisque les banques vérifient notamment les certifications et les assurances des entreprises chargées des travaux.

La seconde mesure consisterait à étendre la TVA à taux réduit aux batteries. Aujourd’hui, lorsqu’un particulier ajoute une batterie à son installation solaire, la TVA applicable à l’ensemble de son projet passe à 20 %, alors même que le stockage permet d’augmenter le taux d’autoconsommation et donc la rentabilité de l’installation. C’est en contradiction avec l’esprit de l’arrêté du 8 septembre 2025, qui a instauré une TVA à 5,5 % pour les installations photovoltaïques intégrant un système de gestion intelligente de l’énergie. Supprimer ce frein fiscal serait une mesure simple, lisible et immédiatement efficace pour donner confiance aux particuliers.

Encadré

Solaire résidentiel : les départements français les plus dynamiques

Les départements les plus équipés ne sont pas tous dans le Sud Les départements avec le plus fort taux d’équipement sont les Landes (12,75 % des maisons équipées), la Drôme (12,14 %), le Gard (11,87 %), la Haute-Garonne (11,61 %), l’Isère (11,44 %), la Loire (10,89 %), les Pyrénées-Orientales (10,78 %) et le Rhône (10,61 %)3. Si l’ensoleillement favorise le développement du photovoltaïque, il n’explique pas tout. La présence dans le top 8 de l’Isère, de la Loire et du Rhône montre que d’autres facteurs jouent un rôle important : un parc important de maisons individuelles, un niveau de revenus élevés dans certaines zones périurbaines (Lyon, Grenoble, Toulouse) et des besoins importants de consommation en journée (notamment liés à la climatisation). Les plus fortes progressions sont observées dans la Creuse, l’Ain, les Vosges, le Vaucluse et la Meuse. La dynamique d’installation ne se limite donc plus aux territoires historiquement les plus ensoleillés et les plus équipés, mais gagne désormais des départements aux profils variés, notamment du nord-est de la France. À l’inverse, les départements déjà bien équipés du Sud de la France progressent un peu moins vite.

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