Alors que le véhicule électrique entre dans une nouvelle phase d’adoption massive portée par une crise mondiale de l’énergie, une nouvelle étape technologique est en train de s’ouvrir avec l’arrivée des batteries au sodium. Longtemps considérée comme une simple alternative théorique au lithium, cette technologie vient d’entrer en 2026 dans une phase d’industrialisation concrète avec à la clé des bénéfices concrets sur le coût, la sécurité et la performance qui pourraient redessiner en profondeur l’équation stratégique et économique de la mobilité électrique. Point d’accélération majeur de cette transformation, l’annonce faite début mai lors du dernier Salon de l’Automobile de Pékin, par le leader mondial des batteries CATL. Le groupe chinois, qui contrôle à lui seul 40% du marché mondial, a officialisé la mise en production industrielle de sa batterie au sodium, baptisée Naxtra, appelée à devenir une base technologique de référence pour de nombreux constructeurs de véhicules électriques. Décryptage avec Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev, startup française leader du leasing de véhicules 100% électrique (avec plus de 5 000 clients particuliers, professionnels et entreprises déjà accompagnés) …
 PS : Quel est le principe de fonctionnement d’une batterie au sodium ?
Sola Botbol : « Le fonctionnement reste celui que l’on connaît déjà avec le lithium-ion : des ions qui circulent entre deux électrodes pour stocker et restituer l’énergie. Mais ici, on change un élément clé : le lithium est remplacé par le sodium, un élément chimique tout simplement issu du sel. Et cette différence est majeure, car le sel est une ressource abondante, déjà exploitée partout dans le monde et notamment en France. C’est précisément cette accessibilité qui est révolutionnaire et qui pourrait ouvrir la voie à une adoption massive des batteries au sodium autour du globe. »
« Mais là où le sodium se démarque vraiment, c’est par sa constance »
PS : Quel est l’intérêt de développer des batteries basées sur le sodium plutôt que le lithium ?
SB : « Face au lithium, le sodium change la donne : la matière première est 3 à 5 fois moins coûteuse et les batteries au sodium présentent une bien meilleure stabilité chimique ainsi que des performances supérieures par grand froid. Pour l’instant, leur densité énergétique reste environ 30 % plus faible, ce qui limite leur usage sur les longues distances. C’est précisément ce compromis qui en fait une solution idéale pour la mobilité urbaine de type petite citadine ou utilitaire léger. Autrement dit, le sodium ne remplace pas dès à présent le lithium, il vient plutôt le compléter là où c’est le plus pertinent. »
PS : En matière d’autonomie et de recharge, quelles sont les performances à attendre ?
SB : « Avec une densité autour de 175 Wh/kg, les batteries sodium offrent aujourd’hui 300 à 400 km d’autonomie sur une citadine, largement de quoi couvrir les 90 % de trajets quotidiens en France qui ne dépassent pas les 50 km. Côté recharge, on atteint 80 % en 15 à 20 minutes, au niveau des meilleures batteries lithium actuelles. Mais là où le sodium se démarque vraiment, c’est par sa constance : ses performances tiennent même par grand froid. Et surtout, il peut encaisser des milliers de cycles de charge rapide sans se dégrader, ce qui est une vraie faiblesse de la technologie lithium. Alors que la recharge rapide au quotidien est une préoccupation massive pour celles et ceux qui hésitent encore à passer à l’électrique, cela peut faire une réelle différence. »
« Un risque d’incendie quasi nul du fait d’un risque d’emballement thermique fortement réduit »
PS : Quels sont les avantages concrets d’un véhicule électrique avec une batterie au sodium ?
SB : « Concrètement, le sodium rend le véhicule électrique plus fiable et plus serein au quotidien : en hiver en période de froid extrême, la perte d’autonomie est de seulement 10 %, contre jusqu’à 30 % pour le lithium. La sécurité est également bien meilleure, avec un risque d’incendie quasi nul du fait d’un risque d’emballement thermique fortement réduit. Enfin, c’est une technologie qui permet une durée de vie supérieure à 4 000 cycles, soit 15 à 20 ans d’usage normal. Bilan : les véhicules électriques à batterie au sodium seront plus sûrs, plus durables et réellement performants, même par grand froid. »
PS : Devra-t-on changer ses habitudes ou son équipement si l’on passe à un véhicule avec une batterie au sodium ?
SB : « Pour l’utilisateur final, le passage au sodium sera totalement transparent : aucune habitude à changer, aucune adaptation à prévoir. Les standards de recharge restent les mêmes, Type 2 et CCS, tout comme les protocoles de communication. Concrètement, une borne installée aujourd’hui continuera de fonctionner sans modification avec un véhicule au sodium mis demain sur le marché. C’est une évolution de la batterie, pas de l’écosystème. »
« 2 000 à 4 000 euros en moins sur une citadine »
PS : Les batteries au sodium vont-elles permettre aux constructeurs de proposer des véhicules électriques moins chers aux automobilistes ?
SB : « Le sodium est l’un des leviers les plus crédibles pour rendre enfin le véhicule électrique accessible au plus grand nombre. Quand la batterie représente 30 à 40 % du prix d’un véhicule, réduire ce coût de 20 à 30 % comme le permet le moindre coût du sodium change tout. Cela se traduit concrètement par 2 000 à 4 000 euros en moins sur une citadine. Et surtout, cela rend réaliste l’arrivée d’électriques sous les 20 000 euros sans tenir compte des aides à l’acquisition. »
PS : Et quelles économies cela pourrait-il représenter pour les professionnels et les flottes d’entreprises ?
SB : « Pour les flottes d’entreprise, le sodium change immédiatement l’équation économique : on peut viser 10 à 15 % d’économie sur le loyer mensuel d’un utilitaire, à autonomie équivalente. Cela peut représenter une cinquantaine d’euros par véhicule et par mois sur l’entrée et le milieu de gamme. À l’échelle d’une flotte de 100 véhicules, on parle déjà de 60 000 euros récupérés chaque année. Autrement dit, le sodium devient un levier direct de réduction du TCO. »
« La production en série démarre dès cette année chez le leader mondial CATL »
PS : Quand les automobilistes doivent-ils s’attendre à voir cette technologie arriver ?
SB : « Le calendrier est désormais très concret : la production en série démarre dès cette année chez le leader mondial CATL. Les premiers véhicules équipés arriveront sur les routes fin 2026, début 2027, d’abord en Chine sur les segments citadins avec des constructeurs comme BYD, Chery et JAC. L’Europe, et donc la France, suivront avec un léger décalage, en commençant par des véhicules de constructeurs chinois qui devraient arriver chez nous entre 2027 et 2028. Quant aux constructeurs européens, ils visent une industrialisation au plus tôt en 2028, le temps de rattraper leur lourd retard technologique sur le volet batterie. »
PSÂ : Et pour les professionnels et les entreprises ?
SB : « Pour les professionnels, on peut réalistiquement s’attendre à ce que les premières commandes soient passées courant 2027, d’abord via des utilitaires légers asiatiques importés. Pour une offre européenne homologuée et disponible en volume, il faudra là aussi plutôt viser 2028. D’ici là , le marché entreprise en France restera sur des séries pilotes pour prouver les avantages concrets de la technologie et sa fiabilité. On ne doit donc pas encore s’attendre à des flottes complètes tournant au sodium d’ici quelques années. Clairement, le sodium ne va pas remplacer le lithium dans l’immédiat : il sera pertinent pour les véhicules urbains du quotidien et les véhicules utilitaires légers, mais pour le reste des usages plus intensifs, le lithium restera une technologie dominante pendant encore plusieurs années. »

