Edito/La désolation fossile, l’espérance solaire

« La tristesse durera toujours » psalmodiait Van Gogh à l’orée de sa mort. Puisse-t-il avoir tort ! Cette tristesse teintée d’angoisse nous étreint tous en cet été 2026, à la vue de ces incendies gigantesques et convectifs, molochs informes et inextinguibles qui se nourrissent de leurs propres flammes. Cette tristesse qui confine à la solastalgie – éco-anxiété – et au deuil climatique, des termes psychologiques nouveaux qui mettent des mots sur les maux de l’époque…

Au Canada, en Espagne et en France, en Gironde, dans les Landes, le Var ou en Corse, bien sûr, des feux ogresques dévorent tous sur leurs passages, forêts, garrigues, maisons, bâtiments… En Gironde, il pleut des orages de feu dans un ciel plombé par des pyrocumulonimbus lucifériens. La faune et la flore, toute la richesse de la biodiversité, ensevelies sur l’autel du réchauffement climatique dans un vaste pandémonium. Et le chaos jusqu’à menacer une métropole comme Bordeaux – déjà 220 000 personnes évacuées dans les villages voisins de la préfecture girondine – et une capitale comme Madrid. Un drame !

Le photographe Maximilien Lamy, a réalisé avec son portable une photographie devenue virale sur le feu en Gironde, un cliché repris par les grands titres de la presse américain : Guardian, Wall Street Journal et New York Times. On y voit, sur la plage de Lacanau un homme et une femme, assis dans leurs transats, sandales, chapeaux et planche de bodysurf, à proximité des incendies sous un ciel orangé digne de la fin des temps. Une illustration de l’immobilisme face au réchauffement climatique !

Et l’on se souvient forcément de cette petite phrase chiraquienne en 2002 au sommet de la Terre de Johannesburg restée dans les mémoires. Il distilla en Cassandre à qui voulait l’entendre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Une petite phrase devenue un mantra pour les défenseurs de la cause climatique ! C’était il y a presque un quart de siècle. Qu’avons-nous fait depuis ? Presque rien. Pire. Notre président actuel Emmanuel Macron a osé dire lors de ces vœux du 31 décembre 2022 : « Qui aurait-pu prédire la crise climatique ? ». En matière de déni, difficile de faire mieux alors que les experts du GIEC tirent la sonnette d’alarme depuis plus de trente ans. Et d’en rajouter une couche lors de la canicule de juin dernier en marge d’une rencontre avec Giorgia Meloni, affirmant que « nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique, mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire». De quoi faire sursauter, vingt-six scientifiques expliquant à Emmanuel Macron que « non seulement ces records étaient prévisibles, mais ils seront battus dans les années à venir ». Emmanuel Macron prend pour référence les records du passé, alors qu’il aurait dû anticiper les records à venir. Mais ce n’est pas dans son logiciel de banquier d’affaires.

Et si finalement, la source la plus fiable ne venait-elle pas des responsables mêmes de ce désastre. On parle là des grandes majors de l’énergie elles-mêmes.    Total, désormais TotalEnergies, avait déjà alerté la communauté scientifique. Au sein du magazine interne de l’entreprise, « Total information », au début des années 1970, on pouvait lire ces mots : « si la consommation de charbon et de pétrole garde le même rythme dans les années à venir, la concentration de gaz carbonique pourrait atteindre 400 parties par million vers 2010 ». Dans un édito, le PDG de Total d’alors, René de Lilliac ajoute que de son côté, le groupe Total « mesure pleinement » les impacts « négatifs » que peuvent avoir ses activités sur la nature. Bernard Tramier, directeur de l’environnement chez Elf de 1983 à 1999 (et plus tard chez TotalFinaElf après la fusion de 2000 à 2003) se souvient avoir été « alerté du sérieux du réchauffement climatique » lors d’une réunion à Houston en 1984.          

Autant d’informations qui auraient pu mettre en péril l’activité pétrolière. Viendront alors l’heure des lobbies parmi les plus puissants de la planète qui ne cesseront de minimiser le phénomène au nom du grand Mammon.  Et depuis quelques années, la planète et l’humanité toute entière en paient les pots cassés. Le cancer fossile déploie ses métastases : réchauffement climatique, événements météorologiques extrêmes (tornades, pluies diluviennes, crues torrentielles), stress hydriques intenses, sécheresses monstres, incendies dévastateurs, fontes des glaces etc.

Alors que faire ? Pour le climatologue Christophe Cassou, l’atténuation et l’adaptation sont les deux piliers indissociables de la lutte contre le réchauffement climatique. « La réussite de l’adaptation est strictement conditionnée par l’effort d’atténuation – la décarbonation -, car il est illusoire de vouloir s’adapter à un réchauffement climatique extrême (comme une France à +4°C) » confie-t-il. L’adaptation seule ne suffira pas. Les gouvernements doivent poursuivre la mise en place de politiques fortes de réductions des émissions de gaz à effet de serre, jusqu’à la neutralité carbone. Une question de dignité humaine ! La clause de revoyure de la PPE 3 n’a qu’une issue : une accélération forte de la décarbonation.

Dans ce contexte, les énergies renouvelables, et l’énergie solaire en particulier, disposent de tous les atouts pour infléchir la folle embardée climatique. En sus d’une indispensable quête de sobriété, l’énergie solaire couplée au stockage est certainement l’énergie renouvelable la plus compétitive, la plus efficiente et la plus rapide à mettre en Å“uvre pour lancer une décarbonation digne de ce nom. De quoi atténuer les émissions de CO2 et ne point insulter l’avenir… En matière d’adaptation, la climatisation anime le débat depuis le début de l’été. Ne soyons pas Tartuffe ! La climatisation sera nécessaire pour maintenir en vie les personnes les plus fragiles – bilan de la surmortalité de la canicule de juin : près de 6000 décès en deux semaines – dans une France à 50°C. Là aussi, la climatisation solaire est en capacité de parer au plus urgent. Dans l’adaptation  tout en s’ancrant dans le temps long de l’atténuation par sa faible empreinte carbone !

Dans ce cauchemar bien réel des incendies de l’été, les énergies renouvelables portent une espérance face à la désolation fossile. L’heure est au sursaut, au véritable changement de paradigme. A nous tous de placer au centre de la campagne présidentielle de 2027 cette exigence de décarbonation ! Il est temps d’arrêter de jouer avec le feu…

 

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