Les enjeux de cette électrification sont particulièrement importants pour l’industrie, le bâtiment et les transports, principaux émetteurs de gaz à effet de serre. C’est ce marché qu’analyse en profondeur Xerfi dans son étude « Le marché de l’électrification et de la décarbonation des entreprises, quelles solutions optimales face au retour du risque énergétique et aux nouveaux arbitrages économiques et politiques ? ». Cette étude décrypte le marché des solutions permettant aux entreprises, tous secteurs confondus, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leur dépendance aux énergies fossiles. Elle couvre la vente d’équipements, de services, d’ingénierie et de conseil destinés à décarboner les bâtiments, les procédés de production, les flottes de véhicules et les activités logistiques. L’étude est prioritairement centrée sur les offreurs de solutions de décarbonation et d’électrification. Ces acteurs ont des profils très divers : entreprises du génie climatique et électrique, énergéticiens, équipementiers, start-ups ou encore spécialistes du conseil. En dehors de quelques grands acteurs diversifiés, ils se positionnent le plus souvent sur des segments de marché et un type de solutions précis.
L’avantage compétitif de l’électrique français
La France bénéficie d’atouts structurels majeurs pour réussir l’électrification de son économie. Son mix électrique est l’un des plus décarbonés d’Europe grâce au nucléaire et au développement des énergies renouvelables. L’intensité carbone de l’électricité produite en France n’était ainsi que de 20 gCO2e/kWh en 2025, contre 178 g en moyenne en Europe. L’Hexagone dispose aussi d’une production largement excédentaire. Les exportations nettes d’électricité ont atteint un niveau historique en 2025 et la situation de surproduction est appelée à perdurer au moins jusqu’en 2035, selon les projections de RTE, y compris en cas d’accélération de l’électrification du pays. Cette abondance contribue à maintenir des prix de l’électricité compétitifs à l’échelle européenne, malgré la fin de l’Arenh (électricité nucléaire à prix régulé).
Des entreprises leaders
L’étude de Xerfi met en lumière un autre avantage de la France : la possibilité de capitaliser sur un tissu dense de grandes entreprises très bien positionnées sur les différents marchés de l’électrification. Il s’agit de leaders mondiaux dans la fabrication d’équipements électriques, comme Schneider Electric et Legrand, et dans le négoce, comme Rexel et Sonepar. Les grands intégrateurs et prestataires français de services énergétiques, comme Vinci Énergies, Equans, Dalkia ou encore SPIE, jouent un rôle central dans le déploiement des solutions d’efficacité énergétique et de substitution électrique en France et en Europe. À cela s’ajoutent des acteurs de premier rang dans les équipements thermiques résidentiels et industriels, avec notamment Atlantic dans les pompes à chaleur, Fives et ECM Technologies dans les fours électriques et Babcock Wanson, n°1 en Europe des chaudières électriques industrielles. Dans l’automobile, l’électrification a certes largement ouvert la porte à la concurrence chinoise. Mais l’avenir de l’industrie automobile française passe indiscutablement par la filière électrique. Renault et Stellantis ont déjà recentré leurs activités en France dans les véhicules à batteries. Par ailleurs, le Nord de la France est en train de s’imposer comme l’un des principaux hubs européens de production de batteries.
Des objectifs de décarbonation ambitieux
Les objectifs de décarbonation de l’industrie à court (2030) comme à long terme (2050) sont très ambitieux. Ils supposent notamment un doublement du rythme de baisse des émissions dans les 5 prochaines années par rapport aux 10 précédentes. Y parvenir nécessitera un haut niveau de soutien public, en particulier pour les investissements les plus structurants et les plus risqués sur le plan de la compétitivité, comme le remplacement de hauts-fourneaux ou la mise en place de grands systèmes de captage du CO2. La plupart des filières ont proposé dans leur feuille de route de réduire leurs émissions directes d’environ 40 % sur la période 2015-2030. Ces objectifs devraient être revus à la hausse après l’adoption formelle de la 3e stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), qui prévoit une baisse de 50 % des émissions de l’industrie sur la période. Certaines branches sont bien plus avancées que d’autres. C’est le cas en particulier de la métallurgie, de la chimie et de l’agroalimentaire, dont la décarbonation s’explique cependant pour beaucoup par des fermetures d’usines et des baisses des productions très émettrices. Cas concrets à l’appui, l’étude Xerfi passe en revue les processus de décarbonation à l’œuvre dans l’industrie, les transports, la logistique, le bâtiment, le cycle de vie des produits, avec une analyse des technologies et procédés mobilisés et des investissements en jeu. Enfin, l’étude propose également une cartographie complète des principaux acteurs de la décarbonation, de leur positionnement et de leurs stratégies, dans le bâtiment et les procédés de production, le transport et la logistique, le cycle de vie des produits et le conseil.
1«Le marché de l’électrification et de la décarbonation des entreprises, quelles solutions optimales face au retour du risque énergétique et aux nouveaux arbitrages économiques et politiques ? », Xerfi, juin 2026, Pierre Paturel
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Encadré
L’enjeu des délais de raccordement
Électrifier est une chose, raccorder son installation au réseau en est une autre. Selon l’étude Xerfi, la réduction des délais de raccordement constitue un enjeu stratégique pour la concrétisation des projets d’électrification. Les retards accumulés dans la connexion des parcs éoliens et photovoltaïques freinent la transition énergétique du pays. Les grands consommateurs d’électricité (industriels, gestionnaires de centres de données, exploitants de sites de recharge de forte puissance, etc.) sont aussi touchés par l’allongement des temps d’attente de raccordement. Les délais de connexion au réseau des centres de données sont, par exemple, passés de 2 ans à près de 5 ans ces dernières années.
Pour réduire ces délais, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a approuvé une procédure de raccordement accélérée, dite « fast track » à destination des sites considérés comme stratégiques par les pouvoirs publics. Quatre premiers sites propices ont été identifiés en 2025 pour une capacité théorique de 3,1 GW. En parallèle, des travaux ont été engagés pour adapter les règles administratives, avec notamment une consultation publique menée par RTE en 2026 qui met en avant plusieurs pistes d’améliorations : passer d’une logique de « premier demandeur, premier servi » à « premier prêt, premier servi », gérer les files d’attente de manière dynamique en favorisant les projets qui avancent rapidement, rendre payante la réservation de capacités, anticiper des raccordements sur certaines zones, etc.
En novembre 2025, plus de 170 projets industriels ont contractualisé une demande de raccordement auprès de RTE, représentant plus de 30 GW, auxquels s’ajoutent les demandes faites aux distributeurs qui, agrégées, représentent un volume important. Les data centers représentent près de la moitié de la puissance de raccordement adressée à RTE.

