Alors que les équipes du projet Carbon d’usine photovoltaïque de Fos sur Mer viennent de déclarer forfait et d’abandonner la partie, la team Holosolis poursuit quant à elle son défi de lancer le site de production photovoltaïque le plus hightech d’Europe à Sarreguemines-Hambach en Moselle. Avec beaucoup d’ambition et de volonté ! Les atouts du projet Holosolis dans cette course mondiale effrénée à la production de composants photovoltaïques avec Vincent Delporte, directeur des affaires publiques du groupe…
Plein Soleil : Dans un premier temps, quel est votre sentiment sur le coup d’arrêt du projet Carbon ?
Vincent Delporte : Incontestablement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’industrie photovoltaïque européenne. Carbon a justifié l’abandon du projet par des divergences persistantes entre États membres quant à la création d’un marché photovoltaïque strictement européen. Les équipes de Carbon ont pointé le manque de visibilité d’un tel marché : ni sur son calendrier, ni sur son périmètre, ni sur ses règles. C’est une réalité ! Toutefois, nous sommes optimistes sur le dénouement : l’Europe a clairement pris un virage en faveur de son indutrie, mais il faut encore transformer l’essai.
La création de 2 000 emplois directs et 6 000 emplois indirects
PS : Qu’est qui fait vous pensez que vous allez réussir là où Carbon a échoué ?
VD : Nous ne portons pas le même modèle de projet. Carbon avait l’ambition industrielle légitime de créer une usine de 5 GW intégrée verticalement, de la fabrication du lingot jusqu’au module, du silicium au produit fini. Cela représentait un budget conséquent qui dépassait le milliard et demi d’euros. De notre côté, nous avons favorisé l’option de nous concentrer sur la fabrication de cellules et de modules. La fabrication des lingots et les wafers relève de la métallurgie. Il s’agit d’un métier différent.
PS : Quel est le budget de développement d’Holosolis ?
VD :  L’investissement s’élève à 950 millions d’euros soit un peu moins du milliard pour construire cette usine à taille chinoise de 5 GW de cellules et modules. Nous devrions produire 10 millions de panneaux chaque année avec à la clé la création de 2 000 emplois directs et 6 000 emplois indirects. Nous avons déjà effectué une levée de fonds de 6 millions d’euros en 2023. Une autre levée de fonds de 15 millions d’euros est programmée pour cet été afin de financer l’avant-projet détaillé, le choix des prestataires, le design précis du site, le plan clé en main à destination des équipementiers. Un terrain de cinquante hectares est déjà acquis et le permitting – PC et autorisation d’exploiter – est d’ores et déjà validé. Nous avons également signé un contrat de raccordement avec RTE. Nous sommes dans les starting-blocks. Sur le plan financier, Holosolis devrait se voir attribuer 210 millions d’euros d’argent public, soit 190 millions d’euros de Crédit d’Impôt Industrie Verte, 10 millions d’euros de l’Ademe et 10 millions d’euros de la BPI. Le début des travaux des deux bâtiments de 650 mètres de long et 150 mètres de large est attendu pour début 2028 avec un début de production des cellules et modules un an après. Date fixée pour la pleine capacité de l’usine : 2031.
« Il existe une forte attente locale »
PS : Vous avez récemment vu le groupe Ecolab vous rejoindre. Une bonne nouvelle ?
VD : De nouveaux investisseurs nous rejoignent. C’est une bonne chose. Le groupe américain Ecolab devient en effet investisseur d’Holosolis via un engagement ferme. Un partenaire industriel de cette envergure solidifie et consolide le projet. Et bien au-delà du simple aspect financier. Ecolab est un spécialiste mondial du traitement des eaux et ce savoir-faire est précieux. Le traitement des eaux de la Sarre est véritable enjeu pour nous, en matière environnementale mais aussi pour l’acceptabilité des projets face aux préoccupations des riverains. Notre objectif est d’être exemplaire sur le sujet pour rejeter une eau ultra pure dans la Sarre. Ce partenariat avec Ecolab est très important. En parallèle de la qualité de l’eau, nous allons également réduire de près de 40% la consommation au sein du process industriel. Un vrai challenge !
PS : Vous évoquiez l’acceptabilité. Comment le territoire vous accueille-t-il ?
VD : Il existe une forte attente locale. La Région Grand Est nous a versé une subvention de 4 millions d’euros au démarrage du projet. Nous disposons du soutien de la préfecture. Nous avons mis en place des groupes de travail dynamiques qui travaillent sur le recrutement, l’emploi, le logement, la petite enfance … avec d’énormes enjeux de formation de plus de 500 personnes par an. Il est aussi question de mobilité douce, de recensement de logements, de crèches pour la petite enfance et d’écoles. Sur ces sujets, la Région et l’Etat ont pris le lead.
PS : Des développeurs français vous accompagnent sur ce projet. Comment cela se concrétise-t-il ?
La technologie de cellule solaire TOPCon de Trinasolar
VD : Nous sommes suivis par le marché et les investisseurs. Tenergie, Photosol, Technique Solaire, Wewise et CVE nous accompagnent sous forme d’obligations convertibles, TSE en actions en private equity. Les acteurs de la filière PV ont signé pour 30 GW de lettres d’intention, soit six ans de production.
PS : Revenons sur le process industriel. Sur quelle technologie allez-vous vous appuyer pour les cellules ?
VD : Nous avons opté pour la technologie TOPCon (Tunnel Oxide Passivated Contact) qui optimise la passivation de la surface de la cellule solaire. Elle représente 80% du marché mondial. Nous avons la chance d’avoir été rejoint sur le projet Holosolis par Oliver Schultz-Witmann, notre directeur technique, qui est un spécialiste reconnu de cette technologie. Pour accélérer notre développement, nous avons signé à l’automne dernier un accord de licence de brevet accordant à HoloSolis le droit d’utiliser la technologie de cellule solaire TOPCon de Trinasolar. Les Chinois sont ultra compétents en matière de solaire. Il faudrait être naïf de croire que l’on pourrait monter une usine de production à grande échelle sans travailler avec eux. Ils vont dépêcher des consultants au démarrage de l’usine pour former nos équipes.  Nous n’excluons qu’ils entrent au capital de l’entreprise, en restant très minoritaire.
« Made in Europe »
PS : La Chine a développé une expertise solaire incroyable et de grandes capacités très rapidement. Qu’est-ce qui a fait leur force ?
VD : Le financement ! Les industriels chinois disposent en général de terrains gratuits, d’usines et de lignes de fabrications construites via des financements locaux avec des remboursements de prêts au bout de cinq ans. Nous ne jouons pas dans la même cour. De notre côté, nous devons réaliser des levées de fonds, faire appel à des investisseurs et composer avec les répercussions instantanées de la dette et les distributions de dividendes. Cela représente un surcoût.
PS : Quid des politiques industrielles européennes pour enrayer cette suprématie ?
VD : Sur ce plan du financement, l’Europe n’est clairement pas à la hauteur de ses ambitions. Le Fonds pour l’innovation européen, un guichet par an, reçoit six fois plus de demandes qu’il n’a de ressource. Le financement européen n’est donc clairement pas à la hauteur des enjeux. Le 4 mars dernier, la Commission européenne a présenté son Industrial Accelerator Act (IAA), conduit par le vice-président Stéphane Séjourné très engagé sur cette thématique. Bruxelles a officiellement consacré le principe de la « préférence européenne », mais en considérant comme européen tout pays ayant un accord de libre échange avec l’Europe. L’idée initiale est donc totalement vidée de son sens. Le plan prévoit que l’industrie représente 20 % du PIB européen d’ici 2035 contre seulement 14,3 % aujourd’hui. Mais cela demeure abscons. Nous sommes dans un débat idéologique sur la question. Plusieurs pays – notamment l’Allemagne – tergiversent autour du contenu local européen ou du bilan carbone afin de ne froisser personne, et surtout pas la Chine. Il serait plus clair d’évoquer le « Made in Europe » autour d’une vraie volonté po

