Le colloque photovoltaïque du SER s’est déroulé mardi 9 juin à Strasbourg dans une ambiance tendue, à l’heure où de nombreux acteurs de la filière commencent à connaître des difficultés, avec à la clé des plans sociaux qui se multiplient. Premier couac et non des moindres ! Le message vidéo que devait diffuser la ministre déléguée chargée de l’Energie, Maud Bregeon, en début de ce colloque n’a finalement pas été réalisé. « Le gouvernement n’a pas dénié porter de message politique lors de ce rendez-vous annuel crucial du SER. Tout sauf une bonne nouvelle ! » regrette Jules Nyssen lors de la conférence de presse.
Cette conférence de presse a réuni Jules Nyssen, président du SER, Vianney de l’Estang Président de la Commission Solaire photovoltaïque du SER mais également Daniel Bour, président d’Enerplan, fait inhabituel et assez rare pour être signalé. « Pour ce colloque PV du SER, Daniel Bour a fait le déplacement exprès de Paris pour participer à la conférence de presse du colloque. C’est dire que l’heure est grave. Nous voulions afficher la très grande proximité entre nos organisations. Proximité que j’ai d’ailleurs appelé à encore renforcer dans mon discours d’ouverture du colloque » ajoute Jules Nyssen. D’une même voix, Jules Nyssen et Daniel Bour dénoncent l’absence totale de visibilité sur l’activité après l’été. L’inquiétude est réelle. « Après discussions avec le cabinet de la ministre, nous avons obtenu un rendez-vous et seront reçus par la ministre le 17 juin prochain. Il y a urgence ».
Pour ce qui est du colloque lui-même, il a été l’occasion de dénoncer le paradoxe insensé entre perspectives de consommation et stratégies sur la production. « En gros c’est « produire moins pour consommer plus » ! » résume Jules Nyssen. Dans la ligne de mire, les data centers. Pour les data centers conventionnels, RTE constate une puissance appelée de 20% de la puissance souscrite. Pour ceux destinés à l’IA (hyperscaler dotés de GPU) ce taux varie entre 60 et 80%. La consommation des data centers déjà programmés (environ 15 GW d’hyperscaler) représente une centaine de TWh, c’est-à -dire l’excédent disponible en France. Cela veut que tout nouveau projet de data center entrainera donc une augmentation des importations ou la mise en service de productions carbonées. Dans ce domaine, l’attractivité de la France ne fait aucun doute avec une électricité décarbonée et disponible de 90 TWh/an.
Selon Arthur Mensch directeur général de Mistral AI, entendu à l’Assemblée nationale, le développement de l’intelligence artificielle nécessitera la mise en service de 40 GW supplémentaires d’ici cinq ans, soit une consommation électrique estimée à près de 300 TWh par an. Compte tenu de l’excédent électrique actuellement disponible, il faudra donc produire environ 200 TWh par an d’ici 2032. Le mix électrique à déployer rapidement devra s’appuyer sur une accélération massive du solaire et de l’éolien, complétée par des centrales thermiques alimentées par du biogaz.

