La caserne des sapeurs-pompiers de Perpignan Sud du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) vient de se doter d’une centrale photovoltaïque en autoconsommation avec le soutien du bureau d’études Tecsol. Une installation exemplaire qui en appelle d’autres par l’entremise d’une mesure étonnante qui confère aux SDIS un super pouvoir photovoltaïque en ACC !   Â
Installée à quelques encablures de la Méditerranée et des Albères, la caserne Perpignan Sud s’étend sur plus de 5 000 m² en zone péri urbaine. Elle réunit 20 % des pompiers professionnels du département. Inaugurée en 2017, elle abrite une cuisine avec chambre froide, un gymnase pour l’entraînement des professionnels des secours et un centre de formation qui initie chaque année près de 200 jeunes sapeurs-pompiers.
« Nous avons pour mission de faire faire des économies aux SDIS »
En matière d’efficacité énergétique, le SDIS 66 s’appuie sur un duo de spécialistes, Pierre Cossignac, ancien ingénieur BE en maison passive et optimisation environnementale et Raphaël Jaud, un électricien aguerri. « Nous avons pour mission de faire faire des économies aux SDIS afin de transférer les gains économiques vers l’opérationnel et les équipements métier » indiquent les deux contractuels particulièrement investis à la tâche. Après avoir participé activement à la rénovation de quelques installations solaires thermiques, ils se sont lancés dans des projets photovoltaïques en autoconsommation. Une première caserne a été équipée d’une installation de 50 kW à Argelès il y a un an. Celle de Rivesaltes va suivre dans les prochains mois à iso puissance de 50 kW. Entre temps, les deux hommes ont donc concentré leurs efforts sur la caserne de Perpignan Sud d’une envergure plus importante. Ainsi, depuis le 11 mai dernier, le site ajoute une corde solaire à son arc stratégique, avec la mise en service de 81 kW de panneaux photovoltaïques DMEGC Solar sur système de plots lestés, Sun Ballast, orientés 100% au Sud et onduleurs Huawei.
« De quoi permettre l’achat de quatre ambulances VSAB »
Le projet a été bien structuré dans le temps, entre huit mois d’études, deux mois de consultations, analyse des offres et validations et cinq mois de travaux effectués par l’entreprise LM Energies installée sur la commune voisine de Saleilles. « Pour l’étude, nous avons choisi la toiture la mieux adaptée au regard des différentes typologies existantes sur site, nous avons dimensionné la centrale pour obtenir le meilleur bilan énergétique et réalisé l’ensemble des démarches administratives anticipées auprès d’Enedis pour obtenir les meilleures conditions tarifaires. A noter les contraintes liées à une intervention sur un site sensible et occupé en permanence » précise Xavier Sicard, ingénieur Tecsol en charge du projet. Les travaux ont démarré le 9 janvier 2026, pour une réception le 11 mai suivant. Une affaire rondement menée ! En matière de performance énergétique, la centrale produira annuellement 115 000 kWh soit environ un tiers des 350 000 kWh consommés chaque année sur le site. Le taux d’autoconsommation s’élève à 76 %, le surplus étant valorisé en obligation d’achat (S21) à 7,31 c€/kWh complété par une prime à l’investissement de 0,09 €/Wc, soit 7 290 €. « Sur le plan économique, les électrons verts autoconsommés suppléent les électrons du réseau facturés en moyenne à 18 centimes le kWh sur l’année. Nous avons calculé que cet investissement de 110 000 euros allait être amorti en environ six ans via les 20 000 euros à la fois économisés et générés par la centrale. Durant les vingt années suivantes, nous économiserons près de 400 000 euros d’électricité, de quoi permettre l’achat de quatre ambulances VSAB (Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes) à 100 000 euros pièce pour le SDIS » se réjouit Pierre Cossignac.
Une ACC patrimoniale pour alimenter la caserne Nord de Perpignan
Mais ce projet pourrait être le début d’une aventure plus large en autoconsommation collective sur l’ensemble du territoire, comme le permet désormais l’article L.315-2 du Code de l’énergie. En effet « une bizarrerie » inscrite dans la loi permet d’accroître la superficie d’une ACC à 20 kilomètres de diamètre en cas de présence d’un SDIS sur le territoire. Et figurez-vous que le navire amiral, l’état-major du SDIS, qui se situe au Nord de Perpignan et consomme près d’un million de kWh par an ne dispose guère de foncier pour accueillir une centrale photovoltaïque. Pierre Cossignac a donc pris une carte géographique et son compas pour tracer ce fameux cercle des vingt kilomètres. « Il est certain que cela donne des idées. Notre caserne principale au Nord de Perpignan ne peut être solarisée. Nous avons donc regardé les villes qui accueillent des casernes comme Rivesaltes, Canet, Saint-Laurent de la Salanque et même le Barcarès où une parcelle au sol pourrait parfaitement convenir. Nous réfléchissons également à implémenter une nouvelle centrale sur la toiture du gymnase au Sud via un système de pose innovant Electrione pour des panneaux légers, la structure n’étant pas en capacité de supporter des panneaux standards.L’idée est de maximiser les installations solaires sur l’ensemble sites disponibles et ainsi d’alimenter via une ACC patrimoniale la caserne de Perpignan Nord. Il faut savoir profiter de ce que la loi autorise » confie Pierre Cossignac. Les casernes des SDIS qui maillent le territoire des départements doivent en effet saisir l’occasion de surfer sur cette disposition de la loi qui ouvre grand les vannes des projets d’ACC. En tous les cas, en Pays Catalan, la chose est à l’étude…

