En Inde, le développement des énergies renouvelables dépasse désormais la capacité du réseau électrique à absorber la production nécessaire. Au premier trimestre 2026, les contraintes de transport ont représenté près des deux tiers des pertes totales d’énergie renouvelable, soit 300 gigawattheures (GWh). Ce décalage croissant entre le développement rapide des projets solaires et la lenteur des infrastructures de transport constitue aujourd’hui le principal risque opérationnel pour l’objectif national de 500 gigawatts (GW) d’électricité non fossile d’ici 2030.
Au cours des cinq dernières années, l’Inde n’a atteint qu’environ 80 % de ses objectifs annuels de transport d’électricité. Ce déficit a engendré un retard croissant. Pour l’exercice financier 2026-2027, le gouvernement estime avoir besoin de 61 411 kilomètres de circuits supplémentaires de capacité du réseau de transport interétatique (ISTS) d’ici l’exercice financier 2029-2030.
Le risque d’exécution est désormais au cÅ“ur du problème. À l’échelle nationale, près d’un projet ISTS sur quatre accuse un retard d’un an, voire plus. Les principaux facteurs en sont les litiges fonciers, le morcellement des propriétés, les autorisations de déforestation et de préservation de la biodiversité, ainsi que la rareté des fournisseurs mondiaux de composants pour lignes à courant continu haute tension (CCHT). Il s’agit de problèmes structurels que les seuls capitaux ne permettront pas de résoudre rapidement.
Ce problème est aggravé par la nature du développement des énergies renouvelables en Inde. Le Rajasthan, au sein du réseau régional nord, et le Gujarat, au sein du réseau régional ouest, concentrent l’essentiel des capacités solaires et éoliennes à grande échelle du pays. Cette forte concentration de capacités, conjuguée aux retards des infrastructures de transport et d’évacuation, engendre de longues files d’attente aux principaux points de collecte. En moyenne, les projets dont la mise en service est prévue pour l’exercice 2026-2027 subissent des retards de raccordement de quatre à cinq mois, certaines stations du Rajasthan enregistrant des délais d’attente nettement plus longs.
Le décalage entre le déploiement des énergies renouvelables et les échéanciers de transport persistera si l’on maintient le statu quo. Les réformes de la planification à long terme doivent s’orienter vers un modèle où la production et le transport sont planifiés de manière optimale, plutôt que vers une planification du transport constamment réactive aux besoins des producteurs. Parallèlement, l’introduction progressive de signaux de marché plus forts sera essentielle pour orienter les décisions d’implantation des centrales, améliorer l’utilisation du réseau et, à terme, favoriser une expansion du système à moindre coût.
Les systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS) dans les stations de cogénération d’énergies renouvelables constituent le levier le plus crédible à court terme. Les aspects techniques et infrastructurels nécessaires à l’intégration des BESS sont en place, mais l’absence de réglementation et de modèle économique viable peut freiner leur déploiement pour renforcer le réseau de transport et éviter les délestages associés.

