L’actualité récente confirme une bascule préoccupante du gouvernement français vers une stratégie du « tout électrique » dont les effets pourraient s’avérer délétères. En affirmant que l’électrification est la seule réponse structurelle aux crises actuelles, le plan proposé il y a quelques jours ignore les principes de sobriété et d’efficacité qu’il avait pourtant lui-même introduits dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3).
En mobilisant massivement les Certificats d’économie d’énergie (CEE) au service de l’électrification des usages — pompes à chaleur, véhicules électriques… — le gouvernement opère un arbitrage discutable : ces fonds, dont une part finançait jusqu’ici des actions de sobriété et de réduction de la demande (comme la rénovation), sont désormais réorientés vers l’équipement plutôt que vers la baisse de la consommation.
Cette substitution est particulièrement critique dans le bâtiment, où privilégier l’installation de pompes à chaleur sans traiter la rénovation thermique globale risque d’enfermer dans la précarité les occupants de passoires énergétiques.
L’empreinte énergétique des data centers reste par ailleurs un impensé du plan : en facilitant les raccordements au réseau “au profit des projets les plus mûrs”, le gouvernement risque de flécher des capacités électriques vers des usages numériques intensifs, au détriment de projets industriels dont la décarbonation est pourtant plus directement utile au climat.
Face à cette obsession simpliste qui risque de nous empêcher structurellement d’atteindre nos objectifs climatiques, la production d’un contre-récit indépendant, robuste et chiffré, est une nécessité démocratique. Le scénario porté par l’Association négaWatt offre cette cohérence indispensable en remettant l’usage et les besoins au cÅ“ur de la trajectoire énergétique (publication prévue à l’automne 2026).

