L’AIE PVPS a publié le rapport « Mises à jour pays – Année 2025 » : le solaire photovoltaïque français passée au crible

Le rapport IEA PVPS Country Updates 2025 offre un aperçu complet du développement de la photovoltaïque dans les pays membres de l’AIE, offrant un aperçu détaillé des politiques nationales, des activités de recherche et de l’évolution du marché qui façonnent le paysage mondial du PV. Focus sure la France !

 

Rassemblant les contributions d’experts de 27 pays et de l’Union européenne, le rapport capture la diversité des approches du déploiement du photovoltaïque, reflétant les priorités régionales, les environnements réglementaires et les progrès technologiques. Elle met en lumière comment le photovoltaïque continue d’étendre son rôle en tant qu’élément clé de la transition énergétique mondiale, soutenu par des cadres politiques en évolution, une augmentation des investissements dans l’innovation et une maturité croissante du marché. Chaque chapitre national présente les développements clés en matière de politiques, de recherche et de dynamiques de marché, fournissant des éclairages sur les cadres réglementaires, les activités de RD&D et les tendances du secteur. Dans l’ensemble, le rapport IEA PVPS Country Updates 2025 sert de référence précieuse pour les parties prenantes du secteur photovoltaïque, offrant des analyses à jour au niveau national qui soutiennent une prise de décision éclairée et mettent en lumière les meilleures pratiques dans le déploiement et l’intégration des technologies photovoltaïques à l’échelle mondiale.

 

Le programme de la politique photovoltaïque française

 

La politique nationale française en matière de photovoltaïque repose sur un ensemble de mécanismes de soutien, notamment des appels d’offres pour les grandes installations et des tarifs de rachat garantis pour les petites. Face à la baisse des prix des modules et à l’augmentation des nouvelles capacités, les mécanismes de réduction des tarifs en fonction de l’accroissement des capacités ont été ajustés, entraînant une hausse des volumes cibles et une baisse des tarifs. L’ensemble de ces mesures vise à soutenir le secteur photovoltaïque dans la réalisation des objectifs fixés par le décret-programme énergétique décennal (DPE), principal document stratégique français définissant les trajectoires de développement des différentes filières d’énergies renouvelables.

 

Le nouveau décret-programme énergétique décennal a été publié en février 2026, avec plus de deux ans de retard. Pour le secteur solaire, le nouveau plan d’action fixe des objectifs de 48 GWAC de capacité installée d’ici 2030 et entre 55 et 80 GWAC d’ici 2035. Cette trajectoire correspond à une augmentation annuelle moyenne de capacité d’environ 3,5 GWAC (4,3 GWDC), un taux de croissance nettement inférieur à celui observé ces dernières années (6,0 GWDC en 2024 et 7,4 GWDC en 2025). En termes de production d’électricité, le nouveau PPE fixe un objectif d’environ 59 TWh d’ici 2030 et d’environ 67 à 98 TWh d’ici 2035. Conformément à ces objectifs, le secteur photovoltaïque devrait devenir la première source d’énergie renouvelable pour la production d’électricité en France, devant l’éolien terrestre ou maritime et l’hydroélectricité. Ce plan national devra être adapté par chacune des régions françaises, qui devront fixer leurs propres objectifs de capacité et de puissance pour 2030 et 2035. Les régions pourront ensuite s’appuyer sur les zones d’accélération des énergies renouvelables préalablement définies. Ces zones délimitent, pour chaque secteur des énergies renouvelables, des territoires identifiés comme propices aux projets futurs. Dans ces zones, des procédures simplifiées seront mises en Å“uvre afin de réduire les délais administratifs.

 

Concernant les installations résidentielles ou les centrales solaires sur bâtiments, granges et abris de parking, d’une capacité de 100 kWc à 500 kWc maximum, les mécanismes de soutien ont évolué en 2025. La révision du dispositif S21 en mars 2025 a revu les critères d’éligibilité, réduit les subventions et partiellement orienté le dispositif vers un système d’attribution concurrentiel. L’ancien système de tarif d’achat garanti a été remplacé par un système d’appel d’offres simplifié. Le premier appel d’offres a eu lieu en septembre 2025, mais la capacité allouée était nettement inférieure à celle initialement prévue (voir tableau 1). La réforme a également introduit des exigences plus strictes pour les projets, notamment une garantie financière de 10 000 € pour chaque demande de raccordement complète pour les installations de plus de 100 kWc.

 

Ces changements ont également impacté les installations résidentielles jusqu’à 9 kWc, pour lesquelles la possibilité de vendre la totalité de la production d’électricité au réseau n’est plus autorisée. Actuellement, seule l’injection du surplus d’électricité dans le réseau est possible, mais avec un tarif de rachat très faible par kWh (voir tableau 2). Cependant, à partir d’octobre 2025, les particuliers pourront bénéficier, sous certaines conditions, d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur l’achat de panneaux solaires pour installations résidentielles. La principale condition concerne l’empreinte carbone des modules, qui doit être inférieure à 530 kgCOâ‚‚ eq/kWc.

 

R&D en France

 

La recherche et le développement (R&D) dans le secteur photovoltaïque en France reposent sur un cadre structuré intégrant recherche publique et privée, innovation technologique et développement industriel. Chaque étape de la chaîne de valeur est couverte, de la recherche fondamentale sur les matériaux à la production. Parmi les acteurs du secteur public, les deux principaux organismes sont le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Dans le domaine du photovoltaïque, ils sont actifs en physique des semi-conducteurs, en chimie des matériaux et en génie énergétique. Ces deux organismes pilotent (ou co-pilotent) également plusieurs réseaux d’acteurs de la R&D, dont certains sont spécialisés dans l’énergie photovoltaïque, comme CEA-Liten ou l’Institut lyonnais des nanotechnologies (INL). Par ailleurs, le CEA et le CNRS sont membres fondateurs de l’Alliance nationale pour la coordination de la recherche énergétique (ANCRE), qui joue un rôle stratégique dans la définition des grandes orientations scientifiques et des priorités de recherche, la coordination des acteurs et la structuration des programmes de recherche. En 2023 (dernières données disponibles), les financements publics français pour la recherche et le développement dans le domaine du photovoltaïque s’élevaient à 78 millions d’euros sur un total de 183 millions d’euros pour l’ensemble des énergies renouvelables.

 

L’Institut photovoltaïque d’Île-de-France (IPVF) et l’Institut national de l’énergie solaire (INES) sont deux autres institutions majeures de la recherche photovoltaïque en France. Le premier se concentre sur la recherche fondamentale et les technologies photovoltaïques avancées, tandis que le second est davantage orienté vers la recherche appliquée et les projets de démonstration. Toutefois, les deux organismes collaborent avec des entreprises pour valider sur le marché les avancées technologiques issues de leurs recherches. En collaboration avec le fabricant Voltec Solar, l’IPVF participe notamment au projet STaFF (Industrial Sovereignty Tandem of French Manufacturing), qui vise à accélérer l’industrialisation des modules photovoltaïques tandem pérovskite/silicium. L’INES travaille sur des modules bas carbone et l’amélioration du rendement des cellules tandem pérovskite/silicium (jusqu’à 30,8 % d’ici janvier 2025) et des cellules silicium à hétérojonction. Récemment, de nouveaux axes de recherche ont été intégrés, tels que les tests de dégradation accélérée pour mieux comprendre le vieillissement des cellules, et le recyclage des panneaux en fin de vie, notamment le délaminage des modules et la récupération de matériaux comme l’argent, le cuivre et le silicium.

 

Les principaux organismes publics finançant la recherche sont :

 

• l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance des projets par le biais d’appels à projets thématiques ou génériques, ainsi que par des crédits d’impôt pour la recherche interne des entreprises.

 

• L’Agence pour la transition écologique (ADEME), qui lance ses propres appels à projets de R&D sur les énergies renouvelables et soutient les doctorants. Elle assure la liaison française avec le réseau paneuropéen IEA PVPS et M-ERA.net.

 

Développement de l’industrie et ​​du marché

 

Alors que les volumes annuels de nouveaux raccordements dépassaient rarement le gigawatt, la croissance du secteur photovoltaïque français a pris une nouvelle dimension en 2022. Les capacités raccordées ont atteint 2,8 GWc en 2022, 4,0 GWc en 2023, 6,0 GWc en 2024, et les chiffres préliminaires pour 2025 indiquent un ajout de 7,4 GWc – un record pour le pays. Grâce à cela, la capacité photovoltaïque totale de la France a culminé à 37,6 GWc fin 2025, avec près de 1,135 milliard d’installations. L’énergie solaire est ainsi devenue le premier secteur national d’électricité renouvelable en termes de capacité installée, devant l’hydroélectricité (26 GW). Outre la capacité installée, la liste des projets ayant obtenu toutes les autorisations nécessaires et en attente de raccordement au réseau atteignait 45 GWc fin 2025 (36,9 GWc, un niveau stable par rapport à 2024).

 

Toutefois, malgré ces chiffres très élevés, la croissance de l’activité sur le marché photovoltaïque en 2025 a été ralentie par une modification du cadre réglementaire entrée en vigueur en mars de la même année. Le délai de plusieurs mois entre les ventes et les raccordements au réseau explique pourquoi la croissance de la nouvelle capacité est restée globalement inchangée, sauf dans le secteur résidentiel. En 2025, les installations photovoltaïques en toiture de grande envergure et les ombrières solaires pour parkings, d’une puissance de 100 à 500 kWc, ont constitué le segment dominant, représentant 44 % de la capacité supplémentaire installée et 3,3 GWc (+50 % par rapport à 2024). Avec 2,5 GWc (+23 % par rapport à 2024), les grandes centrales au sol et les installations en toiture restent un pilier du développement du secteur solaire français, représentant 33 % de la capacité ajoutée en 2025.

 

En revanche, la croissance des nouvelles capacités raccordées pour les systèmes résidentiels (jusqu’à 9 kWc) a ralenti de manière significative, à 0,9 GWc (-25 %). 4,6 GWc de capacité ont été mis en appel d’offres en 2025, dont 3,8 GWc attribués dans le cadre des contrats pour différence (CfD) organisés par la CRE (contre 2,9 GWc mis en appel d’offres et 2,7 GWc attribués en 2024). Compte tenu d’un délai de 2 à 3 ans entre l’annonce des offres retenues et leur raccordement au réseau, 4 GWc de capacité supplémentaire devraient être raccordés en 2026 et 2027 pour les installations de grande envergure.

 

Par ailleurs, la croissance de l’autoconsommation reste très forte en France. Selon Enedis, principal gestionnaire de réseau de distribution d’électricité (GRD) français, le nombre d’installations d’autoconsommation domestique a augmenté de 39 % en 2025 pour atteindre 484 734 unités, représentant une capacité installée de 6,5 GWc. L’interdiction de la vente totale d’électricité aux particuliers depuis mars 2025 a encore renforcé cette tendance.

 

L’autoconsommation collective poursuit également son développement. Depuis son introduction légale en 2016, le cadre réglementaire applicable à ce type de projets s’est assoupli, notamment avec le relèvement du plafond de puissance à 5 MW (10 MW pour les projets menés par les collectivités locales). Fin 2025, l’autoconsommation collective comptait 1 625 projets opérationnels, pour une capacité totale de 0,3 GWc. Concernant l’emploi et l’activité économique, les dernières données disponibles datent de 2024. Le nombre d’emplois directs équivalent temps plein est estimé à 37 000, soit une forte hausse par rapport à 2023 (27 560, +34 %). En termes de chiffre d’affaires, l’activité du secteur en France est estimée à 14,65 milliards d’euros en 2024, affichant également une forte croissance (+29 %). Cependant, ces chiffres devraient diminuer : plusieurs entreprises (notamment les installateurs du segment résidentiel) ont annoncé des suppressions d’emplois pour s’adapter au ralentissement du marché.

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