PPE3 : le pari risqué d’une vision dépassée des coûts de l’énergie par Becquerel Institute

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) est enfin publiée. Après des années d’attente, le soulagement pourrait dominer. Mais ce soulagement ne doit pas masquer l’essentiel : la stratégie proposée repose sur une lecture incomplète et déjà datée des dynamiques économiques des énergies renouvelables et du stockage. Analyse de l‘Institut Becquerel !

Le débat énergétique français reste marqué par une opposition féroce entre nucléaire et renouvelables. Or, le véritable sujet est celui des trajectoires de coûts, des risques industriels et des évolutions technologiques. Et sur ces trois dimensions, le monde avance plus vite que la compréhension de la classe politique et du grand publique. Rappelons que le monde a installé plus de 700 GW de nouvelles capacités solaires en 2025, c’est donc 10% de l’électricité mondiale qui provient aujourd’hui du solaire, et même 20% dans l’Union Européenne.

Le solaire : une réalité économique désormais incontournable

En France, les nouvelles centrales solaires nécessitent aujourd’hui un complément de rémunération situé autour de 65 à 75 €/MWh selon les derniers appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie. Ce niveau étonne quand on compare avec les analyses internationales : selon l’International Renewable Energy Agency, le photovoltaïque est devenu, dans une large partie du monde, la source d’électricité la moins chère. En Espagne, les centrales produisent sous 30 €/MWh, en Allemagne 50 €/MWh. « Il y a des marges de progression en France, mais malgré cela le solaire reste compétitif. Il est d’ailleurs temps pour la filière de vivre désormais de ses propres ailes » confie Gaëtan Masson, directeur général du Becquerel Institute. Certes, le solaire est variable. Il ne produit pas la nuit. Mais il est parfaitement prévisible. Surtout, il est complémentaire de l’éolien, dont les profils saisonniers et horaires sont différents. Cette complémentarité est documentée par l’Agence internationale de l’énergie dans ses travaux sur l’intégration des renouvelables. En France, l’ADEME a montré qu’un mix électrique 100% renouvelable est possible en France, à des coûts compétitifs. Limiter l’éolien revient mécaniquement à limiter l’optimisation du solaire. Aucun grand pays européen, en dehors de la France, ne fait aujourd’hui ce choix de restriction stratégique.

Le grand absent : la révolution du stockage

La PPE3 reste étonnamment discrète sur le stockage batterie. Pourtant, c’est là que se joue une transformation majeure. Selon BloombergNEF, les coûts des systèmes de batteries ont chuté d’environ 40 % en 2024, puis encore d’environ 30 % en 2025. Les systèmes dits « quatre heures », capables de stocker la production solaire de la mi-journée pour la restituer en soirée deviennent économiquement compétitifs. Cette dynamique n’est pas théorique. Elle est déjà visible en Australie, en Californie ou en Chine, où le stockage permet d’absorber des volumes croissants de production solaire et d’en lisser les effets sur le réseau. En Chine, 145 GW de stockage ont été ajoutés au réseau en 2025 seulement. Qui plus est, le stockage permet de bénéficier de revenus liés à la gestion du réseau, avec de nouvelles opportunités en cours de mise en place dans de nombreux pays européens. « Aujourd’hui, un couple solaire + stockage quatre heures pourrait produire une électricité « quasi-base » sur les heures diurnes dans une fourchette de l’ordre de 90 à 110 €/MWh selon les hypothèses de financement. Et cette fourchette est orientée à la baisse. La question n’est donc plus de savoir si le stockage fonctionnera. Il fonctionne déjà. La question est de savoir à quelle vitesse ses coûts continueront de diminuer » Gaëtan Masson.

« Les 17 GWac d’ici 2030 pourraient devenir 34 ou même 42 GWdc installés »

Surtout, le stockage combiné avec le solaire change la donne en termes de raccordement au réseau : jusqu’à aujourd’hui nous installations marginalement plus de capacités solaires réelles que ce qui était injecté sur le réseau : début 2026, nous avions environ 37 GWdc déployés, pour 31 GWac de puissance maximale injectée. « Le stockage modifie cet équilibre, avec la possibilité de déployer beaucoup plus de puissance nominale que ce qui sera injecté : de nombreux onduleurs permettent déjà aujourd’hui de gérer un ratio de 3 entre la puissance DC (la puissance nominale des panneaux) et la puissance AC (la limite d’injection). Un ratio de 2,5 est déjà observé sur des installations en Asie. Les 48 GW de la PPE3 doivent donc être compris comme une véritable incitation à développer massivement le stockage en France : les 17 GWac d’ici 2030 pourraient devenir 34 ou même 42 GWdc installés à cette échéance » conclut Gaëtan Masson.

Le pari nucléaire : visibilité politique, incertitude industrielle

Face à cette dynamique, la PPE3 mise massivement sur le nouveau nucléaire. La capacité du nucléaire à produire une électricité décarbonée et pilotable n’est pas contestée. En revanche, la capacité française à construire dans les délais et dans les budgets l’est davantage – Flamanville 3 en est la preuve. Qui peut affirmer sérieusement que, d’ici 2038, le triptyque solaire + éolien + stockage ne produira pas une électricité compétitive en base à un coût inférieur ? Au vu des trajectoires observées par l’International Renewable Energy Agency et BloombergNEF, le scénario inverse paraît au contraire plus probable.

Encadré

Les courbes de coûts finissent toujours par décider

L’histoire énergétique récente montre une constante : ce sont les courbes de coûts qui finissent toujours par décider et à ce jeu-là, solaire et batteries, combinés à l’éolien domineront le marché. Freiner l’éolien en France n’y changera rien : dans un réseau européen ouvert, l’électricité de nos voisins fixera le prix et rendra caduque tous les plans non compétitifs à l’horizon 2035. D’ici là, notre rôle sera d’exploiter intelligemment les objectifs de la PPE, et nous avons la possibilité d’installer 30 ou 40 GWdc de solaire d’ici 2030, en changeant de paradigme, et en exploitant les possibilités infinies du duo solaire et batteries.

 

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