TRIBUNE/PPE3 : les EnR sacrifiées sur l’autel du dogmatisme ? par Alix Lajoie, présidente du groupe Photosol

Il y a quelques mois, l’Assemblée nationale réaffirmait son soutien aux EnR, rejetant massivement une proposition de moratoire sur tout nouveau projet d’installation de production d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque. Le Sénat adoptait, lui, un texte projetant à horizon 2030 une part croissante d’électricité de sources renouvelables, pour atteindre 200 TWh, et un objectif d’électricité d’origine nucléaire à hauteur de 360 TWh, tout en sanctuarisant la relance du nucléaire avec l’engagement d’ici 2026 d’au moins six réacteurs de type EPR2 et huit supplémentaires d’ici 2030.

 

Que s’est-il passé pour que le gouvernement renie cette feuille de route claire et indispensable, laissant présager un moratoire de fait pour l’éolien et le solaire photovoltaïque : deux sources d’énergie parmi les plus compétitives en termes de coûts, sûre et fiable, contributrices, souvent de façon significative, au budget des collectivités et pourvoyeuses de dizaines de milliers d’emplois. À quels arguments fallacieux, l’avenir énergétique de la France sera-t-il sacrifié ? Au mieux, les premiers EPR2 seront en service vers 2040, alors que la part de l’électricité dans notre consommation d’énergie devrait représenter 40% à 45% d’ici 2035 selon RTE.

 

Il est absurde d’opposer EnR électriques et nucléaire. L’un et l’autre sont un atout pour la stratégie énergétique nationale, couplés à la sobriété et à l’efficacité énergétique. Toute politique en matière d’infrastructures énergétiques doit être menée sur un temps long et exige de la stabilité, à rebours du stop-and-go que la filière nucléaire a connu avec la PPE2 et que les EnR pourraient connaître avec la PPE3.

 

Aujourd’hui le nucléaire fournit les deux tiers de notre production d’électricité, les EnR – hydraulique, éolien et photovoltaïque principalement – plus de 25%. C’est loin d’être négligeable ! Et dans moins de 5 ans, la production d’énergie solaire dans le monde aura été multiplié par 4 et dans 10 ans, l’énergie solaire sera devenue la première source d’électricité. Où en sera la France ?

 

Rien de plus biaisé que les caricatures répétées à l’envie sur la dépendance économique des EnR. Nos investissements en la matière doivent être mis en perspective avec les impacts budgétaires d’une sous-capacité électrique (le coût de la pénurie de 2022 est estimé à 72 Mds€) et, plus structurellement, avec le coût de nos importations fossiles qui représente encore plus de 60 Mds€ par an.

 

Rien de plus inconsistant que de convoquer notre souveraineté énergétique sans engager les conditions de notre souveraineté industrielle et agricole. Or, disposer d’un kWh à un prix parmi les plus bas favorise la compétitivité de nos entreprises.  Les EnR y participent activement et contribuent déjà à l’équilibre du système électrique avec la révolution à grande échelle du stockage d’énergie par batteries.

 

Rien de plus incohérent que de freiner la réindustrialisation verte de nos territoires à travers une PPE3 aux objectifs rabotés et d’encourager, dans le même temps, deux grands projets d’usines de panneaux photovoltaïques, en Moselle et à Fos-sur-Mer, avec à la clé plusieurs milliers d’emplois.

 

Quant à l’agrivoltaïsme, s’il n’a pas vocation à sauver l’agriculture française, il s’avère un levier de résilience pour nombre d’exploitations. Avec un objectif annuel réduit à 1,5-2 GW, y compris en toiture, combien d’entre elles, ne tireront pas parti de cet atout ? Beaucoup trop ! Ce serait de surcroît un nouveau coup porté aux territoires ruraux dont certains sont en grande souffrance et les premiers concernés par les retombées économiques liées au développement de la filière solaire.

 

Rien de plus choquant, enfin, que de tenir les EnR pour variable d’ajustement, quand les effets du réchauffement climatique devraient nous alerter sur l’urgence à mener l’électrification des usages. RTE y insiste : le scénario dit de « décarbonation rapide » consistant à accélérer la concrétisation des projets de décarbonation et d’électrification est bien plus efficace que celui visant à ralentir le développement des énergies renouvelables.

 

« Mon obsession est de bâtir la puissance énergétique de la France », a déclaré dernièrement le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Après avoir jugé indispensable la construction de nouveaux réacteurs nucléaires et de parcs éoliens en mer, il serait injustifiable d’exclure le solaire photovoltaïque de cette dynamique.

 

Si la filière des électriques renouvelables craint l’abandon du scenario dit R4 de RTE qui fixait notamment un objectif de 54 GW de solaire à horizon 2030 – pour 31 GW installés à fin 2025 -, c’est-à-dire, ironie d’une programmation énergétique sans cesse décalée depuis plus de deux ans, la valeur que le Sénat avait entérinée l’été dernier, ayons conscience qu’il aurait pour conséquence de nous éloigner de l’objectif de « zéro émission nette » d’ici à 2050.

 

À nos élus et au gouvernement d’en décider au travers d’une PPE ambitieuse et crédible… Faute de quoi, ils engageront le « grand bond en arrière » du renouvelable français. Et avec lui, la fragilisation de notre souveraineté énergétique, un gâchis économique, industriel et agricole, et le signal malvenu d’une capitulation écologique.

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