Yann Maus : « Le gouvernement nous a trahis »

Président des l’AIPF (Association des Industriels du Photovoltaïque Français) et fondateur de Fonroche Energies, Yann Maus ne décolère pas, suite à la réunion de concertation du 12 janvier dernier. Réactions à chaud !

Plein Soleil : Pourquoi avoir quitté la réunion de concertations consacrée à l’avenir de la filière photovoltaïque du 12 janvier en claquant la porte ?

Yann Maus : Cette réunion était une pantalonnade. A défaut de réunion de concertations, on devrait plutôt parler d’une réunion d’informations. Les industriels que nous sommes sont convoqués pour entériner des décisions déjà prises de manière hâtive au sujet d’une filière qui pèse tout de même 25 000 emplois. Tout est déjà écrit. On connaît la fin de l’histoire. La DGEC nous annonce donc 500 MW par an, 200 MW au sol alors que le rapport Charpin avait retenu des hypothèses entre 100 et 150 MW, puis 150 MW pour les petites toitures en dessous de 16 kWc et 150 MW pour les grandes toitures. La complexe régulation des tarifs qu’on nous a présentée ne pourra pas fonctionner. Le système d’appel d’offre pour les centrales au sol est très difficile à mettre en place. Il n’est qu’à voir le premier appel d’offres solaire lancé qui n’a abouti à rien. Et puis, il y a l’expérience de l’éolien qui a beaucoup souffert de ce système d’appels d’offres.

« Le gouvernement raisonne en termes de dépenses pas en termes de bénéfices »

PS : Selon vous, le gouvernement ne prend pas la mesure de l’enjeu photovoltaïque ?

YM : Les besoins planétaires en électricité solaire photovoltaïque sont colossaux. Nous tenons là les emplois et les exportations de demain. Le problème est que le gouvernement raisonne en termes de dépenses et non en termes de bénéfices de ce que pourrait rapporter le photovoltaïque à l’économie française. Oui, nous sommes tous d’accord, il faut maîtriser les dépenses mais pas en bloquant le marché à 500 MW. Dans ce cas, rien n’est fait pour protéger l’industrie française. Cela ne servira à rien, juste à ouvrir encore plus les portes à l’industrie chinoise. Les dépenses doivent profiter en priorité à l’industrie française à travers un protectionnisme intelligent. Notre administration doit arrêter tout angélisme sur la question comme l’Ontario au Canada et d’autres pays le font. En exigeant des quotas de composants locaux dans la fabrication des capteurs !

PS : Où en est aujourd’hui la filière française et peut-elle justifier les dépenses engagées ?

YM : Notre association AIPF compte une trentaine d’adhérents industriels, entre modules et laminés, trackers, système d’intégration, cellules et même silicium avec Emix. On dénombre treize usines d’encapsulage de capteurs pour une capacité de production de près de 800 MW. Nous avons multiplié par dix la production en deux ans. Nous avons par ailleurs 800 millions d’euros de projets d’investissements en amont de la filière autour de quatre projets de fabrication de cellules : First Solar, PV Alliance, PV20 avec MPO et Fonroche avec un projet de 80 millions d’euros. De quoi pérenniser l’avenir de la filière à cinq ans. Alors j’entends que la filière française aujourd’hui est essentiellement constituée d’unités d’encapsulage. Mais il fallait bien anticiper l’encapsulage afin de trouver des débouchés à nos cellules made in France. Mais personne ne veut nous écouter. Le développement de l’industrie souffre d’un mal français. Un exemple. En quatre ans la France a perdu 50% de sa production industrielle d’automobiles quand l’Allemagne a gagné 50%.

« Nous irons mener le combat à l’étranger »

PS : Qui du moratoire ?

YM : Il a été hélas rendu nécessaire face à l’incurie du gouvernement qui est incapable de gérer l’évolution d’une filière industrielle. Maintenant, si l’on campe sur ces positions, nous n’aurons pas de filière solaire, à l’instar de l’éolien.

PS : Votre société Fonroche est-elle menacée par ces nouvelles mesures ?

YM : Heureusement non. Nous avons la chance d’être parti plus tôt que les autres ce qui nous a assuré un carnet de commandes sécurisé entre 90 et 100 MW. Ce que n’ont pas forcément les autres fabricants. Notre société est par ailleurs très bien capitalisée, à hauteur de 50 millions d’euros de fonds propres. Nous sommes sereins. Mais la vraie question qui se pose est celle de l’avenir de Fonroche en France s’il n’y a plus de marché domestique.

PS : Que ferez-vous alors ?

YM : Nous irons mener le combat à l’étranger dans des pays qui imposent des barrières douanières et où les coûts de financement sont moins élevés. Nous sommes ainsi en discussion avec trois pays pour une implantation industrielle. Parmi ces trois pays, il y a les Etats-Unis dont le marché 2011 devrait atteindre les 5 GW et celui de 2012 10 GW. Un devis est déjà en cours pour le montant du démontage de notre dernière ligne de fabrication de modules de 65 MW qu’on irait installer là-bas. Nous visons également de nouvelles implantations commerciales à l’étranger. Nous venons d’ouvrir une filiale au Bénin.

Une manipulation politique

PS : On vous sent exaspéré et particulièrement remonté vis-à-vis du gouvernement.

YM : On nous a trahis. Quand vous avez un président qui vous dit qu’il ne faut pas rater le virage du photovoltaïque, que vous investissez des millions d’euros et qu’à la fin on ne vous soutient plus, pire on vous traite de spéculateurs, c’est abject. J’ai quarante ans, j’ai eu plusieurs vies d’entrepreneurs, en cette année 2011, j’en serai à mon 1000ème emploi créés. Nous sommes en fait les victimes d’une manÅ“uvre politique, au milieu d’une manipulation. Je suis certain que si les écologistes avaient voté à droite aux Européennes, nous n’en serions pas là. Le Grenelle n’a pas suffisamment apporté de voix écologistes. Depuis, il a été sacrifié.

PS : Irez-vous à la prochaine réunion du 17 janvier ?

YM : Pour l’heure, nous n’avons pris aucune décision.

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