Le secteur de l’énergie appelle à renforcer la compétitivité de l’Europe par l’innovation, la coopération et la décarbonation

Huit grandes entreprises européennes de l’énergie exhortent les dirigeants de l’UE à protéger les mécanismes de marché actuels et à accélérer la transition vers les énergies propres. Dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et au président du Conseil européen António Costa, Statkraft, Fortum, Vattenfall, Iberdrola, EDP, Ørsted, EDF et Engie mettent en garde contre le démantèlement des mécanismes de marché fonctionnels qui sous-tendent l’investissement, la sécurité de l’approvisionnement et une énergie abordable à travers l’Europe.

 

Alors que les dirigeants européens débattent de l’avenir de la compétitivité de l’Europe, nous nous trouvons à la croisée des chemins pour l’avenir de notre continent : allons-nous accélérer la transition énergétique et l’innovation pour combler le déficit de compétitivité ou allons-nous revenir sur des décennies de progrès en matière d’intégration européenne et de transformation industrielle ? En tant qu’investisseurs majeurs dans le système énergétique européen, présents en Europe et dans le monde entier, nous insistons sur l’importance de maintenir des cadres politiques stables et prévisibles qui soutiennent l’investissement et l’innovation à long terme. Notre objectif commun doit être d’améliorer la compétitivité par la décarbonation et de soutenir les industries de manière ciblée, là où cela est nécessaire, pour faciliter leur transition. En revanche, démanteler des mécanismes de marché éprouvés ne résoudra pas les causes profondes du problème de compétitivité de l’Europe. Cela ne ferait que traiter les symptômes tout en sapant les fondements de la prospérité future de l’Europe. L’Europe possède déjà des atouts considérables. En s’appuyant sur ces atouts, l’UE peut mettre en Å“uvre une stratégie de compétitivité qui allie ambition, pragmatisme et crédibilité à long terme.

 

  1. Renforcer la compétitivité à long terme par la décarbonation

 

L’Europe souffre actuellement d’une forte dépendance aux énergies fossiles, ce qui expose la société à la volatilité des prix et à l’incertitude géopolitique. Investir dans une électricité abordable, décarbonée et produite localement est la seule voie possible pour l’Europe afin de surmonter cette dépendance et d’atteindre une compétitivité durable.

 

Le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) est la pierre angulaire de cette transition, fournissant un signal de prix clair et efficace pour les investissements dans les énergies décarbonées. De plus, il génère des recettes importantes qui permettent de soutenir les industries en transition énergétique sans peser sur les budgets publics. Un SEQE robuste est indispensable pour bâtir une base industrielle prospère et maintenir le cap vers la neutralité climatique. L’affaiblir compromettrait la résilience économique à long terme de l’Europe et sa décarbonation.

 

  1. Préserver le marché intérieur de l’électricité et la tarification marginale : garants de la sécurité d’approvisionnement et de l’accessibilité financière

 

Le marché intérieur de l’électricité a permis de réduire les coûts, d’améliorer l’efficacité et de renforcer la sécurité d’approvisionnement pour les ménages et les entreprises européens. Par ailleurs, la dernière révision du modèle de marché de l’électricité a renforcé les mécanismes de protection des consommateurs contre la volatilité des prix grâce à des contrats à long terme, mais leur mise en Å“uvre reste insuffisante. La tarification marginale, principe fondamental des marchés de l’électricité libéralisés, garantit que les ressources nécessaires pour répondre à la demande sont mobilisées au moindre coût, encourage les investissements dans de nouvelles capacités de production et la flexibilité de l’offre et de la demande, et permet un fonctionnement efficace du système. Remettre en cause ce principe aurait un coût élevé : réduction des investissements, fragmentation accrue du marché et, en fin de compte, hausse des coûts pour les consommateurs.

 

  1. Débloquer les investissements grâce à une réglementation stable et prévisible

 

La transition des énergies fossiles à une électricité décarbonée exige des investissements massifs et à long terme. La stabilité réglementaire est donc essentielle. En tant qu’entreprises, nous avons besoin de politiques claires, stables et crédibles pour mobiliser des capitaux et accélérer la transition. La crédibilité des politiques repose sur la confiance. Et la confiance permet de mobiliser des capitaux à grande échelle, stimulant ainsi les investissements dans les énergies décarbonées et la modernisation industrielle.

 

  1. Renforcer le marché intérieur : le principal atout de compétitivité de l’Europe

 

Une intégration plus poussée des marchés est indispensable pour garantir l’accessibilité financière de l’énergie, attirer les investissements et assurer la transition au moindre coût pour les consommateurs et la société. La feuille de route « Une Europe, un marché » a le potentiel de renforcer la compétitivité de l’Europe en achevant la mise en place du marché intérieur de l’énergie. L’objectif doit être une intégration accrue, et non des interventions nationales qui fragmentent le marché et compromettent les avantages qui font la compétitivité mondiale de l’Europe.

 

  1. Soutenir l’industrie de manière ciblée

 

En complément des mesures structurelles, certains secteurs industriels peuvent nécessiter un soutien ciblé supplémentaire. Ce soutien peut et doit être conçu pour s’aligner sur la vision à long terme de l’Europe et garantir des conditions de concurrence équitables entre les États membres, sans nuire au bon fonctionnement des mécanismes de marché. Outre la facilitation du recours au mécanisme existant d’aides d’État à l’industrie propre (CISAF) pour un allègement ciblé des prix de l’électricité pour l’industrie – tout en évitant les distorsions du marché de l’électricité –, nous vous encourageons à :

- permettre la redistribution efficace des recettes du SEQE-UE pour soutenir la décarbonation et l’électrification industrielles ;

 

- garantir une protection efficace contre les fuites de carbone sans compromettre le mécanisme de compensation des émissions de carbone (CBAM) ni l’efficacité du SEQE-UE ;

 

- mettre rapidement en place la Banque de décarbonation industrielle annoncée dans le cadre du Pacte pour une industrie propre afin de soutenir les industries dans leur transition énergétique.

 

La compétitivité de l’Europe repose sur sa capacité à tirer parti de ses atouts en tant que premier marché unique mondial et pionnier de la transition énergétique. C’est uniquement en misant sur l’innovation, la coopération et la production nationale d’électricité que l’Europe pourra garantir sa compétitivité à long terme. En tant que grands acteurs européens de l’énergie, nous investissons déjà massivement dans cet avenir. Nous sommes prêts à poursuivre l’accélération de la transition, mais nous avons besoin de votre soutien pour maintenir le leadership mondial de l’Europe.

 

Encadré

La réaction de Statkraft, premier producteur d’énergie renouvelable en Europe,

 

« Affaiblir le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne ne résoudra pas les défis de compétitivité de l’Europe. Au contraire, cela peut accroître l’incertitude et ralentir les investissements dont l’Europe a urgemment besoin dans le secteur de l’énergie. L’UE a déjà décidé de réduire ses émissions de 90 % d’ici 2040. L‘ETS de l’UE émet un signal de prix clair et crédible qui guide les investissements à long terme dans les énergies renouvelables, la flexibilité et l’électrification. C’est l’épine dorsale de la stratégie européenne de neutralité carbone », déclare Birgitte Ringstad Vartdal, présidente et directrice générale de Statkraft. Elle poursuit : « Le marché intégré de l’électricité en Europe a permis de réduire les coûts, d’améliorer l’efficacité et d’assurer une meilleure sécurité de l’approvisionnement. La tarification marginale garantit que l’électricité est produite et consommée au coût le plus bas possible, tout en fournissant des signaux d’investissement pour de nouvelles productions et la flexibilité. La fragmentation aurait un coût élevé pour les consommateurs et affaiblirait la compétitivité mondiale de l’Europe ».

 

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