Entre diversification et international, Amorgreen s'adapte à la morosité du marché solaire français

Créé en 2008 lors du grand boom du marché solaire français, Amorgreen a subi de plein fouet la crise du secteur. Après une restructuration qui lui a vu perdre 40% de ses effectifs, la société bretonne garde encore aujourd’hui le solaire comme colonne vertébrale mais se relance avec une diversification de ses activités, des ambitions à l’international et la création d’une Foncière verte en partenariat avec le groupe Legendre. Quand le bâtiment et l’énergie font cause commune !

Malgré les chausse-trappes et les palinodies des gouvernements vis-à-vis du solaire, un jour incontournable, un jour paria, Pascal Martin, président d’Armorgreen ne désarme pas. 7 ans après sa création, Armorgreen renforce même son positionnement d’acteur complet de la transition énergétique au travers des trois métiers de la production d’Energies Renouvelables, de l’Efficacité Energétique et de la Maintenance Energétique.

« Nous avons dû nous adapter la mort dans l’âme »

« Nous avons dû nous adapter la mort dans l’âme »
La crise que vit le secteur du solaire a laissé des traces. Armorgreen vient de réaliser une restructuration complète au cours des 12 derniers mois, avec une diminution de 40% de ses effectifs qui sont passés de 110 à 65 personnes suite à la cessation de 80% de son activité d’installation de chantier en direct. Seules 20% des équipes d’installations sont conservées, qui se concentrent sur les projets les plus complexes, les 80% restants étant sous-traités. « Nous avons pratiqué ce métier avec une approche d’entrepreneurs et d’industriels, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée locale. Nous n’avons pas çà rougir. Jusqu’à fin 2013, nous disposions d’équipes de chantier en direct. Nous sommes allés au bout du système par conviction. Mais il nous était devenu impossible de concurrencer la main d ‘œuvre à bas coûts des pays de l’est et du sud de l’Europe, qui est parfois 2 à 3 fois moins chère que nous. Comment tolérer cela ? C’est la règle de la libre circulation des biens et des personnes. Nous avons dû nous adapter la mort dans l’âme. Je sais c’est aberrant, mais les choses sont comme elles sont. Et après on nous demande de créer de l’emploi. Tant que nous n’aurons pas des gens responsables au pouvoir, nous ne jouerons pas le jeu. Tout cela n’était pas ma philosophie, mais c’est en train de le devenir », déclare fataliste Pascal Martin. Après 6 années de croissance rapide avec un CA qui a atteint 40 M€ en 2013, 2014 a vu le CA reculer de 30% en raison d’importants décalages de projets dans les deux principales activités : solaire et méthanisation. En 2015, Armorgreen devrait revenir à son niveau de chiffre d’affaires de 2013, situé aux alentours de 40 M€, avec presque deux fois moins de salariés, et ce en ayant recours de façon accrue à la sous-traitance, afin de conserver une structure souple qui s’adapte à ce marché très volatile. Armorgreen est donc repartie sur les rails de la croissance et nourrit comme principale ambition pour les années à venir d’ancrer durablement son positionnement d’acteur complet de la transition énergétique et de partir à l’international, avec un objectif de croissance de 20% par an.

Solaire : la colonne vertébrale

Dans ce contexte tendu, le solaire constitue toujours la colonne vertébrale de la société qui s’est construite autour de ce métier historique. En 2015, le chiffre d’affaires prévisionnel du solaire s’élève à 25 M€. La société est présente dans les segments de marché des installations supérieures à 100 kWc (toitures supérieures à 700 m²) qui sont soumis aux appels d’offres de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), qui lui ont permis de remporter 20 MWc en 2014. Elle prévoit d’ailleurs de présenter plus de 50MWc de projets aux prochains appels d’offres de la CRE en juin et septembre prochains, qui seront à construire en 2016 et 2017. « Autrement dit, 2015 sera une année blanche en termes d’entrée de commande. La gestion de la filière par les services de l’Etat est catastrophique. C’est une grande déception. Les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur. Il faut savoir qu’à partir du jour où l’on se sait lauréat d’un projet d’appel d’offre, il faut attendre au minimum un an pour faire la facturation » poursuit Pascal Martin.
En parallèle, Armorgreen continue le développement de nombreux projets à haute valeur ajoutée avec des collectivités et des grands donneurs d’ordres, qui se caractérisent par leur forte technicité (projets BIPV-Building Integrated Photovoltaïque), leur insertion dans des dispositifs énergétiques complexes (autoconsommation, stockage, smart grids, etc.) ou leur innovation juridique et financière. Armorgreen a par exemple accompagné la SEM d’aménagement de Loire-Atlantique (SELA,44) dans la mise en place d’un schéma juridique très innovant pour permettre l’intégration de 800 kWc de toitures solaires sur un ensemble d’immeubles d’habitation ou encore soutenu la mise en place d’un investissement solaire participatif sur la salle des sports de Parthenay de Bretagne (35).

Un projet de plus de 300 kWc en autoconsommation sur un entrepôt de BIOCOOP

Tous les efforts de R&D de la société dans le domaine du solaire photovoltaïque se concentrent aujourd’hui sur les sujets de l’autoconsommation, du stockage et du Photovoltaïque Thermique, avec par exemple la réalisation de la plus grande centrale de France en autoconsommation ( plus de 300 kWc de puissance), sur la toiture de l’entrepôt de BIOCOOP à Melesse, au Nord de Rennes. Mise en service en septembre 2015. « Malgré tout ce que peuvent affirmer les détracteurs du solaire, cette énergie se rapproche à grands pas de la parité réseau, comme en atteste la diminution des coûts de production, qui ont été divisés par 5 au cours des 10 dernières années. Nous pouvons produire de l’électricité à 0,15€/kWh sur une grande toiture d’un entrepôt logistique au sud de Nantes, à moins de 0,12€/kWh sur une centrale au sol en Vendée et nous approcher de 0,08€/kWh sur une centrale au sol en Provence » analyse Frédéric Autret le Directeur de cette activité. Pour rappel, le coût d’un kWh en France s’échelonne entre 0,05€/kWh pour les consommateurs électro-intensifs et 0,15€/kWh pour les particuliers. « Alors que cette parité réseau existe déjà dans certaines régions de France et que l’industrie solaire mondiale explose à l’heure actuelle, il est dommage de constater que la France est en train de prendre un retard significatif dans ce domaine : même le Royaume-Uni nous a dépassés en 2014 ! » regrette Pascal Martin.

L’International en ligne de mire

Pour pallier les difficultés de la filière solaire, Armorgreen s’est diversifié dans le développement de la méthanisation avec la reprise d’AEB-Methafrance en 2013, Armorgreen s’est également développée dans les domaines de l’efficacité énergétique avec la création de Baoene en 2011 et plus récemment dans celui de la maintenance énergétique avec la création d’ENER24 début 2015. C’est autour de ces trois piliers énergétiques qu’Armorgreen va continuer à se développer au cours des prochaines années, avec pour objectif que ces deux derniers piliers, efficacité énergétique et maintenance, qui constituent aujourd’hui 10% de son CA, en représentent 30% à l’horizon 2020. L’International Alors que le domaine des Energies Renouvelables en France est en pleine crise, il explose aux quatre coins de la planète, en particulier le solaire, activité historique d’Armorgreen. La société a donc initié un plan de développement dans une dizaine de pays où des partenariats sont en cours de discussions : Europe, Afrique, Asie et Amérique. « Nous avons actuellement plusieurs projets en cours d’études, notre stratégie consiste à s’implanter durablement dans 5-10 pays au cours des 5 prochaines années, afin de réaliser 50% de notre CA à l’étranger à l’horizon 2020 » confie Pascal Martin. Une équipe dédiée de cinq à dix pesronnes est en cours de constitution qui regroupera à la fois des salariés de la société et de nouvelles recrues. Dans chacun des pays identifiés, nous cherchons à nouer des partenariats avec des acteurs locaux et à nous associer avec eux dans des coentreprises/joint-ventures.

Encadrés

Création d’une « Foncière verte » alliant énergie et immobilier vert en collaboration avec le groupe Legendre

Pour répondre à l’appétence croissante des investisseurs pour les produits verts et aux vues des fortes similitudes entre Energie et Immobilier, Armorgreen et le Groupe Legendre ont décidé d’unir leurs savoir-faire au sein d’une « Foncière Verte ». Elle sera dotée d’actifs immobiliers et de production d’énergies renouvelables actuellement détenus par le Groupe Legendre, auxquels s’ajouteront plus de 100 M€ de nouveaux actifs dans les deux prochaines années. Cette opération se fera par le biais de l’émission d’une dette obligataire de 20 à 30 M€ dans le courant du second semestre 2015. La « Foncière Verte » constitue un format d’investissement hybride et novateur, puisqu’elle allie deux actifs « cousins » que tout rapproche dans les faits mais qui restaient jusqu’à présent dans des segments d’investissement bien différents.

Une nouvelle organisation

Pour faire face à ces challenges, Armorgreen a créé début 2015 un poste de Directeur Général à côté de celui de Président. Il a été confié à Franck Gosselin, qui a rejoint la société dès 2010 et qui assurera désormais le pilotage opérationnel de toutes les activités historiques en France. Pascal Martin, Président de la société, se concentrera exclusivement sur le développement de la « Foncière Verte » et le déploiement à l’international.
D’un point de vue actionnarial, Armorgreen était détenue à ce jour à 40% par Pascal Martin, 40% par Jean-Paul Legendre et 20% par le Groupe Legendre. Ce dernier va acquérir les 40% de parts détenues par Jean-Paul Legendre courant 2015 et détiendra désormais 60% de la société. Cette consolidation de la participation du groupe traduit sa volonté de renforcer son implication dans la transition énergétique et va s’accompagner d’une accentuation des synergies fonctionnelles avec Armorgreen au travers de la mise en commun de l’ensemble de ses services support. Armorgreen va d’ailleurs quitter ses locaux devenus inadaptés et déménager au début de l’été prochain dans de nouveaux locaux au Mabilay, en plein centre-ville de Rennes (35), dans un espace commun avec I3L, la Foncière du Groupe Legendre, avec qui elle s’est associée sur le projet de « Foncière Verte ».
Plus d’infos…

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