Christian Assaf, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole a proféré l’idée en ce début juillet de lancer l’appel de Montpellier en faveur d’une stratégie nationale claire de développement des renouvelables. C’était à l’occasion d’un rendez-vous donné, aux acteurs de la filière EnR, par Michaël Delafosse président de la métropole de Montpellier et maire de la ville éponyme. Un appel vibrant alors que la situation économique des professionnels des renouvelables est loin d’être reluisante suite aux atermoiements du gouvernement, notamment en ce qui concerne la publication de la PPE !
Montpellier la surdouée, Montpellier la solaire, Montpellier la progressiste, Montpellier l’inclusive ! La métropole héraultaise a souvent donné le ton en matière de progrès technologiques et d’avancées sociétales. En avance sur son temps ! Cela a été le cas avec le mariage pour tous où Montpellier a montré l’exemple de ce devait être une société ouverte et tolérante. Et si cela devenait le cas avec les énergies renouvelables, mal aimées du pouvoir central, trop absentes d’une PPE sans ambition, grandes oubliées des technocrates de l’atome trop contents de voir le nucléaire connaître un « revival » inédit sur fond de programmes EPR.
« Les défis de la transition énergétique ne peuvent être relevés qu’avec la mobilisation des élus locaux »
En héraut de la cause, Christian Assaf, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, a suggéré l’idée, le 6 juillet dernier, de lancer l’appel de Montpellier en faveur des EnR pour enfin dégager des moyens de les déployer au sein des territoires. « Il est temps de bousculer les choses, de rédiger avec le SER et d’autres, un plaidoyer pour plus d’EnR dans le mix énergétique. C’est ce que l’on attend d’un état stratège. A nous de bouger et de peser dans le débat. Avec Montpellier en fer de lance de cette action ! » s’enthousiasme Christian Assaf. Cette volonté d’agiter le débat faisait suite à une série d’interventions marquée du sceau de la désillusion et de la colère. A commencer par Michaël Delafosse en ouverture de ce colloque EnR, troisième du nom en terres montpelliéraines. « Je vais tenir des propos durs, je suis d’humeur bougonne. Les collectivités locales avancent au sein d’une complexité nationale préoccupante. Le gouvernement ne prend pas la mesure des enjeux. Crise ukrainienne : je suis allé soutenir les acteurs EnR devant la préfecture pour accélérer la publication de la PPE. Et puis quelques mois après, Ormuz. Mêmes symptômes, mêmes indécisions. Vous rendez-vous compte que lorsque le premier ministre lance son plan d’électrification, il n’y avait pas un seul élu local à la réunion ! Les défis de la transition énergétique ne peuvent être relevés qu’avec la mobilisation des élus locaux. Ce sont eux qui organisent les transports, qui permettent de répondre aux usages, qui alimentent la commande publique. Nous allons continuer à vous accompagner, à être à vos côté face aux services de l’Etat et aux freins réglementaires qui polluent l’écosystème. Les chefs d’entreprise que vous êtes désirent plus que tout une stratégie claire et lisible, en capacité de se réaliser ».
« Un plan social par semaine dans ce secteur d’avenir des renouvelables »
Sur l’implication des élus locaux, Jules Nyssen, président du SER et grand témoin de cette matinée EnR languedocienne ne peut que souscrire. « En matière de politique de l’énergie, il faut redonner des espaces aux élus locaux. Je prône une forme de décentralisation et de régionalisation qui nous est promis mais dont on ne sait quand elle aura lieu. Hélas, il y a encore beaucoup de méfiance au sein même des ministères. Les élus locaux doivent également faire face aux forces populistes opposées aux renouvelables. Pour s’assurer de l’acceptabilité des projets, un élu local doit s’engager dans ces sujets en mettant en avant la valorisation et la souveraineté du territoire. Ici à Montpellier, le soleil s’est levé, le vent a commencé à souffler pour atténuer le réchauffement climatique, pour enrayer la précarité énergétique. Ici, il existe une base forte, des acteurs reconnus, un écosystème performant » souligne Jules Nyssen qui fait néanmoins part de ses inquiétudes. « Les temps sont durs. Nous devons nous serrer les coudes. Vous rendez-vous compte que l’on dénombre en ce moment un plan social par semaine dans ce secteur d’avenir des renouvelables. Le risque est que nous nous trouvions avec une filière à reconstruire quand le secteur repartira » s’insurge le président du SER qui n’hésite pas à pointer la malhonnêteté du gouvernement. « Le gouvernement a incité les entreprises à recruter. Mais depuis tout s’est inversé. Avec sa PPE, la France manque de visibilité et d’ambition. Des députés RN ont fait voter un moratoire sur le solaire en l’absence des députés de la majorité. Pathétique ! Pour les investisseurs la France marchent sur la tête… Avec les élections présidentielles et la clause de revoyure en couperet. »
« C’est simple ! Si l’on ne développe pas le stockage en France, l’énergie solaire est morte »
Présent à la tribune, François Daumard PDG du développeur Valeco parvient à maîtriser sa masse salariale (30 millions d’euros par an) grâce à un « pipe » bien fourni, qui lui assure suffisamment de projets pour les cinq prochaines années. Reste que la conjoncture est complexe. Et François Daumard d’évoquer, les prochains appels d’offre solaires qui verront 1 GW de solaire alloué là où 4 GW de projets seront présentés. « Que vont devenir les 3 GW sans tarif ? Vont-ils partir à la poubelle ? On nous dit d’aller chercher des PPA. L’an dernier on en a signé plusieurs dizaines, en 2026, aucun. Zéro ! Les PPA se sont effondrés. Il faut dire que cela se joue sous 25 euros le MWh. La profession va souffrir. Au rythme des heures négatives qui progressent d’année en année, attendues à plus de 600 heures en 2030, les seules issues pour sauver le solaire sont : le stockage et une électrification intense via la mobilité électrique, les PAC et les data centers pour limiter les effets de la cloche solaire. Problème ! Le stockage est inexistant sans la PPE. La liste d’attente chez RTE pour le stockage s’élève à 16,5GWh avec seulement 1,5 GWh construits et 6 GWh attendus en 2030. L’Allemagne en est déjà à 200 GWh de stockage installé, la flexibilité est au rendez-vous outre-Rhin. C’est simple ! Si l’on ne développe pas le stockage en France, l’énergie solaire est morte. C’est notre bouée de sauvetage. »
« Il nous faut du renouvelable massivement pour les années à venir »
A l’instar de la canicule, la météo climatique du secteur des renouvelables est lourde, pesante. La pointe d’optimisme viendra de Virginie Monnier-Mangue est la directrice générale déléguée d’Enedis Occitanie qui entrevoit un sursaut de la demande et une accélération des besoins en sous-tirage en Languedoc-Roussillon. « On note une forte électrification à venir dans le marché des PAC pour équiper les cliniques et les hôpitaux avec un temps de retour sur investissement de deux ans à peine. L’autre point c’est l’électrification de la mobilité lourde et légère via les bornes IRVE. Le grand chantier de l’électrification de l’A9 est en cours pour les poids-lourds et les véhicules légers. Le marché commence son retournement » souligne la DG d’Enedis Occitanie. Ce qui fait dire à Sylvain Panas, directeur régional Occitanie au sein du groupe TotalEnergies, « qu’il nous faut du renouvelable massivement pour les années à venir ». Il poursuit : « N’oublions pas que la consommation d’énergie en France, c’est encore 60% du fossile. Ce qui pousse à croire que la PPE a été un acte politique et pas du tout stratégique. » Jules Nyssen abonde : « Les importations de fossile, c’est 60 milliards d’euros par an. En 2026, avec la crise du détroit d’Ormuz, ce sera pire encore. Il s’agit là d’une redoutable arme économique contre ceux qui ne possèdent pas de fossile. Un vrai sujet ! » conclut le président du SER. Autant d’arguments donc pour relayer l’appel de Montpellier porté par Christian Assaf en faveur d’une stratégie nationale claire de développement des EnR.

