Formation ACC/ Philipe Rocher : « L’ACC est un sujet de bancabilité »

Le bureau d’études Tecsol et ses partenaires organisent vendredi 3 juillet prochain une formation sur le financement des projets ACC. Le point en trois questions avec Philippe Rocher, Fondateur et Directeur de METROL, concepteur pédagogique et expert du sujet !

 

PS : Pourquoi consacrer aujourd’hui un webinaire spécifique au financement du photovoltaïque en autoconsommation collective ?

 

PR : Parce que l’autoconsommation collective est en train de passer d’un sujet expérimental à un véritable sujet de marché. Tout le monde voit bien son intérêt : rapprocher la production solaire des consommateurs, sécuriser une partie du coût de l’électricité, donner aux collectivités et aux entreprises un outil concret de transition énergétique locale. Mais, du point de vue financier, le modèle n’est pas encore stabilisé. Sur les projets photovoltaïques bénéficiant d’un tarif d’achat ou d’un complément de rémunération, les banques savent assez bien analyser le risque : elles disposent de références, de standards, de ratios de financement éprouvés. En autoconsommation collective, en revanche, les recettes reposent davantage sur la qualité du montage contractuel, la solidité des consommateurs, leur fidélisation dans la durée et la capacité du projet à absorber le départ éventuel de certains d’entre eux. C’est pourquoi les banques tâtonnent encore. Les exigences de couverture de dette sont souvent plus élevées, les niveaux de fonds propres plus importants, et les réserves de trésorerie – notamment les DSRA (Debt Service Reserve Account) ou les comptes de réserve du service de la dette – deviennent presque incontournables pour couvrir plusieurs mois de perte de revenu en cas de défaut ou de sortie d’un consommateur significatif. Le sujet n’est donc pas seulement technique ou réglementaire : c’est un sujet de bancabilité.

 

PS : Quel est le principal point de vigilance pour rendre un projet d’ACC bancable ?

PR : Le cœur du sujet, c’est la sécurisation contractuelle des revenus. Dans une opération d’ACC, il ne suffit pas d’avoir une belle centrale photovoltaïque, un bon productible et des consommateurs intéressés. Il faut démontrer que les flux économiques seront suffisamment prévisibles pour rembourser la dette sur la durée. Cela suppose plusieurs niveaux d’analyse. D’abord, la qualité des contreparties : qui sont les consommateurs ? Des collectivités ? Des entreprises ? Des bailleurs ? Des copropriétés ? Quelle est leur solidité financière, leur profil de consommation, leur capacité à s’engager dans la durée ? Ensuite, la qualité des contrats : durée, indexation, conditions de sortie, garanties, mécanismes de remplacement d’un consommateur, traitement des volumes non consommés, articulation avec le fournisseur d’électricité. Enfin, il faut regarder la gouvernance du projet. La personne morale organisatrice, le producteur, les consommateurs, l’exploitant et les financeurs doivent chacun avoir un rôle clair. Une opération d’ACC mal cadrée juridiquement sera difficilement finançable, même si elle est techniquement pertinente. À l’inverse, un projet bien contractualisé, avec des consommateurs solides, des règles de sortie maîtrisées et un plan de remplacement crédible, peut devenir progressivement acceptable pour les prêteurs.

 

PS : Que peut apporter ce webinaire aux développeurs, collectivités, banques et investisseurs ?

PR : L’objectif n’est pas de faire une présentation théorique de plus sur l’autoconsommation collective. Le moment est différent : nous sommes dans une phase embryonnaire du financement de l’ACC, mais les premiers retours d’expérience commencent à apparaître. Des développeurs, des collectivités, des banques, des investisseurs et des conseils travaillent déjà sur des solutions. Des groupes de travail se constituent. Les pratiques commencent à se structurer.

Ce webinaire vise précisément à donner la parole à ceux qui prennent les choses en main. Comment analyse-t-on aujourd’hui un business plan d’ACC ? Quels niveaux de DSCR (Debt Service Coverage Ratio), ou TCD (Taux de Couverture de la Dette) les banques regardent-elles ? Jusqu’où faut-il renforcer les fonds propres ? Comment dimensionner une réserve de dette ? Comment traiter contractuellement la sortie d’un consommateur ? Comment convaincre un prêteur que le risque de revenu est maîtrisé ? L’autoconsommation collective est probablement l’une des voies les plus prometteuses pour le solaire photovoltaïque local, mais elle ne deviendra un vrai marché que si elle devient finançable. C’est tout l’enjeu de ce webinaire : passer de l’intuition collective — “l’ACC est une bonne solution” — à la méthode financière, contractuelle et opérationnelle permettant de faire émerger des projets bancables.

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