Stabilisation des réseaux et réduction de moitié des couts : L’Europe mise sur le stockage réseau d’importance systémique

Comment l’industrie européenne est-elle en capacité de répondre à cet immense besoin de flexibilité et de transformation sur le plan technologique et stratégique du marché de l’énergie ? Les réponses seront présentées les 22 et 23 juin à Munich à l’ees Europe Conference. L’accent portera sur les questions internationales comme le financement à grande échelle d’accumulateurs indépendants de taille industrielle, la conception réussie en Europe de centrales hybrides et l’approche réglementaire des redevances d’accès au réseau dans un système énergétique européen en pleine mutation. Décryptage !

Le marché européen des batteries connaît une croissance fulgurante : d’après le récent « Solar+ Report » de SolarPower Europe, le parc de stockage installé dans l’UE représentait fin 2025 une puissance totale de 40 gigawatts (GW) et une capacité de stockage de 77 gigawatt-heures (GWh), soit une augmentation de 45 pour cent par rapport à l’année dernière. L’étude dans le scénario Solar+ prévoit que la puissance quadruple d’ici 2030 pour atteindre 171 GW, la capacité étant même multipliée par huit pour atteindre 598 GWh. Comme la croissance des capacités solaires et éoliennes sollicite de plus en plus les réseaux européens, les accumulateurs devront décaler l’utilisation de l’électricité sur de nombreuses heures. Par conséquent, la durée moyenne de stockage se rallonge de 1,9 à 3,5 heures, un bond technologique qui consolide la tendance en faveur d’un stockage réseau d’importance systémique.

Comment l’industrie peut-elle couvrir ces besoins colossaux ?

Il reste moins de cinq ans à l’Union européenne pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques obligatoires fixés pour 2030. Cependant, la réalité n’est pas à la hauteur de ces ambitions : malgré le boom récent des énergies renouvelables, les pronostics actuels indiquent que, sans mesures correctrices, l’UE n’atteindra pas ses objectifs de développement des capacités éoliennes et solaires. Le scénario Solar+ modélisé par SolarPower Europe et Rystad Energy montre néanmoins une solution claire et très efficace. Si le système est systématiquement aménagé dans une perspective de flexibilité, la synergie entre le photovoltaïque et les systèmes de stockage à batteries (BESS) deviendra la panacée technologique : l’électricité solaire à elle seule pourrait couvrir près de 26 pour cent des besoins européens grâce aux avantages en matière de coûts et à la rapidité de déploiement. La part totale des renouvelables dans le mix énergétique approcherait les 70 pour cent et la dépendance aux combustibles fossiles baisserait considérablement.

La position de l’UE renforcée par des milliards d’euros économisés

La réalisation de ces objectifs loin de contribuer uniquement à la protection du climat garantit également l’avenir économique de l’UE dans son ensemble. Compte tenu du recul systématique des centrales à combustibles fossiles onéreuses sous la pression des acteurs du marché, le scénario Solar+ prévoit d’ici 2030 une diminution de moitié des coûts d’exploitation annuels du système électrique européen, soit une économie annuelle d’environ 55 milliards d’euros. Dans le même temps, les prix de gros de l’électricité en moyenne dans l’UE baisseront de 14 pour cent pour s’établir à environ 63,4 euros le mégawattheure (MWh). Le stockage réseau installé flexibilise la consommation de l’électricité dans le temps, ce qui empêche la multiplication incontrôlée des heures à prix négatif et protège la rentabilité des grands investissements solaires. En outre, cet effet combiné libère l’économie européenne des pressions géopolitiques. Rien que pendant les deux premiers mois de la récente crise au Moyen-Orient, l’augmentation des capacités solaires dans l’UE a déjà permis d’économiser 8,5 milliards d’euros en coûts d’importation de gaz. D’ici 2030, cette protection représentera plus de 53 milliards d’euros par an dans le scénario Solar+, soit 223 milliards d’euros cumulés sur les importations de combustibles fossiles évitées, ce qui améliorera directement et à long terme la sécurité énergétique européenne.

 

Une dynamique menacée par un déficit d’investissement

Les chiffres montrent que le marché du stockage est prêt à remplir sa mission dans le système : rien qu’en 2025, de nouveaux systèmes de stockage à batteries d’une capacité de 27,1 GWh ont été installés dans l’UE. Ces installations sont dues à 55 pour cent à de grands accumulateurs (BESS) privés, non subventionnés. Des interventions non coordonnées sur le plan réglementaire de la part des États membres menacent toutefois de gripper le moteur. Sur le marché intérieur européen, les regards se tournent particulièrement vers l’Allemagne où les orientations réglementaires actuelles pourraient influencer massivement la dynamique de développement du stockage. Les discussions sur l’adaptation de la redevance d’accès au réseau pour les accumulateurs soulèvent des questions chez les investisseurs internationaux concernant la sécurité de planification à long terme. Dans ce contexte, plus de 150 entreprises se sont réunies pour défendre un cadre stable et favorable aux investissements en concertation avec les responsables politiques. Georg Gallmetzer, président d’Eco Stor, met en garde avec insistance contre un effet domino : « En émettant une réserve sur la protection de la confiance légitime concernant l’exonération de la redevance d’accès au réseau dans le cadre du processus AgNes, l’Agence fédérale allemande des réseaux a de facto mené la branche du stockage à un déficit d’investissement. Les autorités doivent rétablir urgemment la sécurité des investissements et envoyer des signaux clairs en faveur de la protection de la confiance légitime et d’un modèle de redevance financièrement supportable après expiration du délai légal d’exonération. Faute de quoi, nous serons confrontés à un déficit de stockage irréversible dû à un manque d’investissements. »

Intégrer le stockage à la conception des coûts de réseau et aménager le cadre réglementaire

D’après Georg Gallmetzer, une telle rupture de la confiance sur le plus grand marché de l’UE aurait un retentissement dans toute l’Europe et rappelle les crises que le secteur a traversées : « Une éventuelle rupture de confiance quant à l’exonération de la redevance d’accès au réseau aurait de graves conséquences comparables aux mesures rétroactives qui ont touché les modèles de subvention en Espagne et en Italie dans les années 2010. Dans le même temps, des pays comme l’Italie et la Grande-Bretagne montrent comment créer un cadre propice aux investissements grâce à des mécanismes de marché clairs, des sources de revenus supplémentaires et des processus d’autorisation rapides. La combinaison de trois éléments s’avère décisive au bout du compte : la taille du marché, la clarté de la réglementation et la sécurité de la planification et des investissements. » L’objectif doit être d’intégrer le stockage à la conception des coûts de réseau et d’aménager le cadre réglementaire de manière à ce que le développement du parc de stockage européen puisse atteindre, à coup sûr et sans incertitude juridique, les 171 GW à l’horizon 2030 prévus par le scénario Solar+.

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