L’électrification, seul rempart durable contre les chocs énergétiques

Alors que la guerre au Moyen-Orient se prolonge dans un contexte international instable, l’Union européenne et la France sont appelées à renforcer la transition énergétique. Le plan d’électrification du gouvernement français doit accélérer l’électrification de l’économie et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Une question “d’intérêt national” pour le premier ministre !

 

En outre, un récent sondage paru le 2 avril 2026 montre que 92 % de la population française s’inquiète de la hausse des prix, et une majorité de citoyens perçoit désormais les crises énergétiques non comme des accidents, mais comme la norme d’un nouveau régime de volatilité. ⁠Autre constat de cette enquête d’opinion : l’existence d’un véritable “bouclier électrique ». En effet, les ménages utilisant des solutions électriques se sentent moins exposés à la crise que les autres.

 

Accélérer l’électrification : un signal fort et un électrochoc à l’économie européenne

 

Les énergies fossiles constituent encore le pilier principal des systèmes énergétiques français et européen : le gaz et le pétrole représentent environ 60% de l’énergie consommée en France, dont la quasi-totalité est importée. « En 2025, la France a dépensé plus de 60 milliards d’euros pour ses importations de combustibles fossiles. Cette dépendance est non seulement coûteuse, mais elle expose également le pays, ses industries et ses ménages aux chocs géopolitiques internationaux. Les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que l’instabilité au Venezuela, nous rappellent cruellement cette vulnérabilité. La décision du gouvernement d’accélérer l’électrification et de supprimer progressivement les hydrocarbures envoie un signal fort, non seulement pour l’économie, mais aussi pour la sécurité nationale et la souveraineté », assure Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris-Dauphine-PSL et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières. « Pour surmonter le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran, il faut être capable de donner un électrochoc à l’économie européenne » confirme Phuc-Vinh Nguyen, chef du Centre Energie de l’Institut Jacques Delors. « Plus vite nous déployons les véhicules électriques, plus nous sommes résilients face à la hausse des prix du pétrole. Plus nous installons de pompes à chaleur, plus nous sommes à l’abri du chantage au gaz exercé hier par Poutine et aujourd’hui par Trump », poursuit-il. Face à ces crises et à un contexte géopolitique de plus en plus instable, l’électrification des usages et la décarbonation semblent alors être les seules à même de garantir sa souveraineté énergétique, économique et politique.

 

Aider les Français à électrifier leurs usages pour les protéger de la crise en cours et des chocs à venir

 

« Partout en Europe, le même constat s’impose : la vulnérabilité énergétique est structurelle, et non conjoncturelle », déclare Joseph Dellatte, expert Climat et Énergie à l’Institut Montaigne. « En France, les contraintes budgétaires, les séquelles du choc énergétique russe et les tensions géopolitiques actuelles convergent vers une conclusion claire : les subventions aux énergies fossiles ne constituent pas une solution pour un continent pauvre en ressources. La priorité de l’Europe ne devrait pas être de gérer les prix, mais d’éliminer cette vulnérabilité, grâce à une électrification alimentée par des énergies à faible empreinte carbone. » L’électrification des usages représente une solution immédiate et tangible pour le pouvoir d’achat des ménages. Une voiture électrique par exemple peut représenter jusqu’à 1000 € d’économies de carburant par an en période de hausse des prix. « Les premières mesures destinées aux personnes les plus vulnérables face à la hausse des prix des carburants démontrent qu’il est possible de concilier des mesures à long terme avec des réponses aux situations d’urgence auxquelles sont confrontés ces automobilistes. Les annonces à venir doivent s’appuyer sur cette dynamique, notamment en s’engageant immédiatement à mettre en place un véritable réseau public de transport routier », confie Diane Strauss, directrice de Transport & Environnement France.

 

Les ménages utilisant des solutions électriques se sentent moins exposés à la crise

 

Ainsi, les véhicules électriques séduisent de plus en plus : plus de 49 000 véhicules électriques ont été vendus en France en mars (+ 50 %), et les recherches pour les voitures électriques sur le marché de l’occasion sont également en très forte hausse : +91% entre le 28 février et le 19 mars. Le sondage publié par l’Institut Montaigne montre également que les ménages utilisant des solutions électriques se sentent moins exposés à la crise :

 

  • 73 % des détenteurs de véhicules diesel déclarent un impact important sur leur budget, contre 50 % des utilisateurs de voitures électriques.
  • 56 % des ménages chauffés au gaz ressentent des effets importants, contre 25 % de ceux équipés de pompes à chaleur.

 

Avec des dispositifs comme MaPrimeRénov’ ou le leasing social, l’Etat pourrait accentuer cette protection.

 

Électrifier, c’est aussi protéger et renforcer l’industrie et l’économie française

 

La facture de la France pour ses achats de pétrole et de gaz est très lourde : ces deux énergies fossiles ont coûté 53 milliards d’euros en 2025. Au niveau européen, l’électrification peut permettre de réduire jusqu’à deux tiers les importations d’énergies fossiles d’ici 2040, soit une économie de 43 milliards d’euros d’importations par an par rapport à un scénario tendanciel. « Le plan d’électrification du gouvernement français peut constituer un précédent positif pour l’Europe en apportant une réponse structurelle à la crise énergétique actuelle. La France occupe une position unique pour mener l’électrification du continent, grâce à une électricité abondante et à faible empreinte carbone, à un parc nucléaire bien établi et à un vaste potentiel en énergies renouvelables, notamment dans les domaines de l’éolien offshore et de l’énergie solaire. Avec un soutien politique clair, les usines de batteries et de pompes à chaleur situées dans le nord et l’est du pays sont prêtes à se développer rapidement, accélérant ainsi la réindustrialisation de la France », précise Neil Makaroff, Directeur de Strategic Perspectives. « L’électrification est une occasion historique de s’affranchir des énergies fossiles sans créer de nouvelles dépendances. L’objectif n’est pas de remplacer le pétrole par des technologies importées. La France dispose de tout ce qu’il faut pour produire des véhicules électriques, des pompes à chaleur, de l’énergie à faible empreinte carbone et de l’hydrogène vert. L’électrification doit être la pierre angulaire du rétablissement de notre souveraineté énergétique et industrielle », ajoute Célia Agostini, Directrice de Cleantech for France et ancienne conseillère parlementaire d’Agnès Pannier-Runacher en 2022, lors de la dernière crise énergétique.

 

Encadré

Les énergies renouvelables, piliers de la résilience énergétique

 

Les énergies renouvelables, qui reposent sur des ressources locales non importées et abondantes, constituent un véritable pilier de la résilience énergétique en permettant de se substituer aux énergies fossiles importées. D’autant plus que même si l’approvisionnement en éoliennes et panneaux solaires était rompu, la production des installations existantes pourrait se maintenir pendant 20 à 30 ans. Les projets citoyens d’énergie renouvelable fleurissent sur le territoire français et font écho à ces enjeux.

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