« Il faut encourager l’excellence environnementale, en favorisant des systèmes photovoltaïque produits en Europe »

Recalé lors des primaires du parti écologiste, Nicolas Hulot est affligé par les débats de campagne autour de l’énergie. Pour Plein Soleil, il livre ses exaspérations mais aussi ses propositions en matière de développement des énergies renouvelables, et plus particulièrement de l’énergie solaire. Cinq questions pour un tour d’horizon !

Plein Soleil : On vous sait cruellement déçu par la teneur de cette campagne électorale. Comment expliquez-vous le désintérêt des candidats pour la chose écologique? La crise des dettes publiques européennes est-elle une explication?
Nicolas Hulot : Avec la succession de crises économiques et financières que nous vivons, je peux comprendre que les politiques concentrent leurs discours sur ces enjeux, qui frappent durement les français, aussi bien avec le chômage qu’avec le développement des inégalités. Mais ce qui me frappe le plus et me désole, c’est que tout le monde, à droite comme à gauche, feint d’ignorer que les enjeux écologiques conditionnent les enjeux de solidarité. La hausse du prix du pétrole fait basculer des centaines de milliers de personnes dans la précarité énergétique, les changements climatiques sapent les fondements de notre économie. Et pourtant, ces sujets sont totalement marginalisés. Le retour de baton risque d’être cruel.

PS : De votre côté, dans la période de transition énergétique que nous vivons, quelle est votre vision du paysage énergétique français pour les vingt prochaines années ?
NH : Même si cela est répété par beaucoup, je crois qu’il est essentiel de commencer par la réduction de nos consommations énergétique. Le débat actuel sur l’énergie m’afflige. On raisonne comme s’il était impossible de faire autrement, sans nous questionner sur nos besoins avant de voir comment y répondre. Commençons par réduire notre consommation, pour ensuite choisir en priorité les sources d’énergie qui ont le moins d’impact sur l’environnement. Je parle évidemment des énergies renouvelables qui nous permettrons de diversifier notre mix énergétique. Les énergies dites conventionnelles doivent devenir l’appoint et non plus la référence.

PS : Les énergies renouvelables représentent aujourd’hui environ 13% de la consommation énergétique. Leur développement marque un temps d’arrêt alors que l’objectif européen ambitieux est de 23% en 2020. Quelles sont vos propositions pour doubler cette part des énergies renouvelables ?
NH : Toutes les énergies renouvelables ne se valent pas. Je pense notamment aux agrocarburants de première génération, dont les bénéfices sont trop faibles, et dont la production malmène notre environnement et contribue à mettre en péril l’alimentation mondiale. Mais pour les autres, je pense que trois grandes orientations devrait permettre d’atteindre nos objectifs. La première est sans conteste la maîtrise de la demande, qui permettra d’assumer une hausse des prix de l’énergie, car certaines énergies renouvelables sont encore plus chère que les énergies conventionnelles. Mais il faudra aussi mettre fin aux subventions aux énergies fossiles, financées par le contribuable et qui sont contraire à nos objectifs de lutte contre le changement climatique. Enfin il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de soutien stables dans le temps, pour donner une chance aux renouvelables de se développer.

PS : Le secteur du photovoltaïque qui a vécu aux rythmes des « stop and go » vient de perdre 10 000 emplois. Quelles sont les solutions pour arrêter l’hémorragie d’emplois et de compétences et pour relancer la machine?
NH : Derrière ces politiques incohérentes, je vois l’indécision, voir l’indifférence du politique. Pendant deux ans, après le lancement du Grenelle de l’Environnement, les énergies renouvelables ont été soutenues comme jamais en France. Puis, tout s’est arrêté. Comme si la crise climatique n’était plus d’actualité, comme si la crise avait effacé tous nos engagements. Il est temps de retrouver de la cohérence. Je vois en France des milliers de mètres carrés de toitures, des terrains abîmés, inaptes pour l’agriculture. Pourquoi ne pas passer par des obligations, des grands appels d’offre publics pour utiliser ces surfaces pour produire de l’énergie. Je crois aussi qu’il faut encourager l’excellence environnementale, en favorisant des systèmes photovoltaïque produits en Europe, dans le respect de normes environnementales strictes, afin de concilier activité économique et enjeux écologiques, qui est l’un des axes majeur de la transition énergétique.

Encadré
« Veille et propositions n°11 : Le solaire photovoltaïque face aux défis du 21ème siècle »

Grâce à cette analyse détaillée, la Fondation Nicolas Hulot a pu construire une série de propositions, permettant, si elles sont mises en œuvre, de donner une place importante à l’énergie solaire photovoltaïque dans le bouquet énergétique français. Si notre pays est resté jusqu’à présent hésitant sur l’utilisation de cette énergie, il est plus que temps qu’il suive l’exemple des nombreux autres pays qui s’engagent avec un vrai volontarisme dans le développement des énergies renouvelables. La FNH insiste donc sur plusieurs défis clés que les décideurs économiques et politiques devront savoir relever pour engager la France sur la voie de la transition énergétique. La Fondation Nicolas Hulot se positionne «pour» :

Un défi technologique:
Investir massivement dans les réseaux intelligents et la maîtrise de la demande, pour favoriser l’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique français. Cette proposition fait partie des grands chantiers identifiés par la FNH éligibles au financement du plan d’investissement par la Banque centrale européenne et la Banque européenne d’investissement dans le cadre de la proposition «Financer l’avenir sans creuser la dette».

Un défi environnemental:
Soutenir les technologies présentant le moins d’impacts tant en termes d’émissions de GES que sur les écosystèmes. La FNH plaide notamment pour l’installation des panneaux sur les milliers de m² de grandes toitures ainsi que sur les terrains dégradés. Par ailleurs, en fonction de leur zone de production, les panneaux solaires n’entraînent pas tous les mêmes émissions de CO2. Il est donc important d’intégrer ce paramètre dans les mécanismes de soutien, ce qui permettra d’encourager une production des panneaux en France et en Europe.

Un défi économique:
L’énergie solaire photovoltaïque a besoin d’un mécanisme de soutien qui encourage les producteurs à investir dans l’énergie. Cela passe par un système de tarif d’achat transparent, adaptable en fonction des réductions des coûts observés. En outre, il est indispensable de rendre transparente la contribution des consommateurs au financement des énergies renouvelables en les informant annuellement du montant de leur facture consacrée à leur développement.

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