Patrimoine Nucléaire et Climat – France : le plaidoyer d’Accoyer, lobbyiste de l’atome, comme un chant du cygne

Si les acteurs de la filière des renouvelables attendent désespérément la publication de la PPE et le lancement de nouveaux AO pour sortir la tête de l’eau, les lobbyistes de l’atome ne chôment pas, stigmatisant explicitement une politique énergétique européenne sous influence, davantage dictée par des choix idéologiques que par des réalités physiques et industrielles. PNC-France et ses affidés au nucléaire en appellent ainsi au président Macron et aux Hautes Autorités européennes pour qu’enfin cessent les discriminations visant l’énergie nucléaire au profit des énergies renouvelables intermittentes ! Baroud d’honneur des laudateurs d’une énergie du passé !
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron datée du 29 janvier, PNC-France alerte sur la dérive de la politique énergétique européenne, davantage dictée par des choix idéologiques que par les réalités physiques et industrielles, et sur ses conséquences potentielles pour la France : affaiblissement de la compétitivité, hausse durable des prix de l’électricité, et menace sur la stabilité de notre système électrique pourtant déjà très largement décarboné. Le courrier revient en particulier sur le projet de la Commission européenne d’un vaste programme de liaisons transfrontalières (« European grid package ») et le risque de déstabilisation du mix français, sur les discriminations de l’énergie nucléaire versus les EnR intermittentes et sur la nécessité, pour la France, de faire respecter les Traités (Euratom et Lisbonne) et de défendre fermement sa souveraineté énergétique.
« Ce faisant la Commission outrepasse ses compétences et sort de son rôle »
Dans sa lettre Bernard Accoyer juge que « la Commission, sa Présidente, sa Vice-présidente chargée d’une Transition propre, juste et compétitive et son Commissaire à l’Énergie veulent imposer sans délai une politique énergétique basée sur un développement intensif de moyens de production intermittente de l’électricité (EnRi). Ce faisant la Commission outrepasse ses compétences et sort de son rôle. Les nouvelles dispositions annoncées visent à accélérer, sans retour en arrière possible, une politique énergétique européenne inspirée du modèle allemand de l’Energiewende ». Il poursuit : « Cette orientation est diamétralement opposée à la politique énergétique historique de la France, reconnue comme une réussite industrielle enviée. Cette orientation est également opposée à vos propres décisions énergétiques telles que vous les avez définies dans votre discours prononcé à Belfort le 10 février 2022. Elle est contraire aux intérêts de notre pays, qui bénéficie d’un mix électrique unique en Europe, équilibré, décarboné et économiquement avantageux ». Le plaidoyer d’Accoyer est sans appel. Et de mettre en avant l’exemple allemand qui démontre que cette stratégie conduit à des prix de l’électricité élevés pour le consommateur et l’exemple espagnol qui a mis en évidence les difficultés majeures de stabilité du réseau.

Les réacteurs nucléaires deviendraient très vite des actifs échoués par manque de compétitivité

Totalement à contre courant de l’histoire énergétique mondiale en marche, Bernard Accoyer se raidit sur ses positions. Alors que l’énergie solaire, énergie de paix équitablement distribuée, se répand comme une traînée de poudre sur l’ensemble de la planète à vitesse grand V et à des prix record, à jamais imbattables, le village gaulois s’arcboute sur l’idée d’une énergie nucléaire encore compétitive et toujours souveraine. Utopie des utopies ! Personne n’est dupe. Le nucléaire est très long à construire, très cher – voir Flamanville -, perfectible dans sa technologie et absolument pas souverain, avec une ressource en minerais importée en partie d’Afrique ou d’Asie dans des pays où la stabilité politique n’est pas garantie. S’il est pertinent de poursuivre l’exploitation des réacteurs existants jusqu’à leur fin de cycle, en construire de nouveaux n’a guère que peu de sens aujourd’hui. Ils deviendraient très vite des actifs échoués par manque de compétitivité. Partout, les renouvelables l’emportent dans des proportions considérables. Elles ont plié le match. Certes, la transition énergétique génère quelques soubresauts mais il en est ainsi lors des grands changements de paradigmes. Les nouvelles flexibilités, le stockage, le numérique, l’électrification des usages, la facilité d’installation et la sécurité de leur fonctionnement représentent des atouts de premier rang qui font des EnR, propres et vertueuses pour le climat, les dépositaires du nouvel ordre mondial énergétique.

Plus que jamais, nucléaire semble rimer avec chimère

Le reste n’est que littérature et feu de paille. Pourtant, pour PNC-France, cette logique irréfragable de l’inexorable déclin du nucléaire face à l’essor des EnR n’est pas audible. « Il apparait urgent de ne pas persister dans l’erreur et de mettre un coup d’arrêt à cette dérive. La violation récurrente des Traités ne peut perdurer, elle justifie une action forte et urgente de la France. C’est pourquoi nous estimons que la France devrait réagir au plus haut niveau. D’une part, au niveau du Conseil européen, éventuellement en associant les pays membres de l’Alliance pour le nucléaire, afin de remédier aux discriminations existantes et d’assurer l’égalité de traitement entre les différentes sources de production d’électricité, y compris l’énergie nucléaire. D’autre part, en engageant une saisine de la Cour de Justice de l’Union Européenne, afin de rappeler fermement et solennellement la portée des Traités et contraindre la Commission à en respecter la lettre et l’esprit ». PNC-France maintient la pression et martèle son positionnement doctrinaire face aux supposées penchants idéologiques européens. Reste que le marché a tranché, à l’aune des évidences technico-économiques et des avancées climatiques impulsées par les EnR. Dans ce contexte, et plus que jamais, nucléaire semble rimer avec chimère. Bernard Accoyer ne veut cependant pas s’y résigner. Difficile, il est vrai, de renoncer au « patrimoine » nucléaire français. On ne touche pas au patrimoine, symbole du passé … mais ce n’est pas une raison pour insulter l’avenir !

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