Monsieur Retailleau, sans les énergies renouvelables, comment tiendrez-vous votre budget ?

En réaction aux propos de Bruno Retailleau, président des LR, sur les énergies renouvelables (EnR) et leur place dans le système énergétique français, Enercoop propose un décryptage par Béatrice Delpech, Directrice générale adjointe.

 

Alors que les prix du pétrole subissent une nouvelle hausse, l’annonce de Bruno Retailleau sur l’arrêt des subventions aux EnR et la proposition de miser uniquement sur le nucléaire et la promesse de “diminuer l’équivalent de deux mois de facture d’électricité des français” apparait comme une belle promesse salvatrice, pourtant irréaliste et irréalisable.

 

En cas de crise de l’énergie, les énergies renouvelables permettent de limiter la flambée des prix de l’électricité. En effet, sans les nouvelles capacités de production renouvelables ajoutées au mix électrique français entre 2020 et 2025, le prix de l’électricité en 2025 pour les Français aurait été de 80€/MWh, contre les 60€/MWh constatés. N’oublions pas également que les projets de production renouvelable détenus par les acteurs locaux (collectivités locales, particuliers et entreprises locales) permettent des retombées locales 2,5 fois plus importantes que des projets non-citoyens, selon une étude de l’ADEME et d’Energie Partagée. Ces retombées bénéficient entre autres directement aux ménages impliqués dans la gouvernance et au capital de ces projets.

 

Quant à l’énergie nucléaire prônée par Bruno Retailleau, rappelons que son coût pour les contribuables est titanesque : 6 Md€ pour l’entretien du parc actuel vieillissant par an selon la Cour des Comptes ; un devis prévisionnel à 72,8 Md€ pour le déploiement de nouveaux réacteurs selon EDF. Sans oublier que lors de la crise énergétique de 2022, le nucléaire n’a pas pu jouer pleinement son rôle tampon, à cause des problèmes de corrosion sous contrainte, lesquels sont d’ailleurs voués à s’intensifier avec le changement climatique et les sécheresses à répétition.

 

Par des fausses promesses, Bruno Retailleau semble oublier que supprimer purement et simplement les subventions de l’Etat aux EnR ne pourra se faire d’un coup de baguette magique. Aura-t-on par ailleurs l’assurance que tout sera redistribué aux ménages ? Qu’en est-il de nos engagements européens, alors que la France a été le seul pays européen à rater les objectifs de production d’EnR fixés par la directive de 2009 (Energies renouvelables : tous les Etats membres ont atteint ou dépassé leurs objectifs 2020….sauf la France) ? Et quid des effets sur les prix de marché, alors que la CRE indique “qu’en temps normal, les EnR font baisser les prix de marché, ce qui est bénéfique pour le consommateur” ?

 

Lutter contre le dérèglement climatique demande de réduire les activités des industries pétrolières et gazières, à la fois en accélérant l’électrification des usages et en misant sur plus de sobriété. Ce besoin d’électrification est urgent et ne peut être porté que par les énergies renouvelables.

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