“Énergie Solidaire Auvergne-Rhône-Alpes” : un programme régional pour lutter contre la précarité énergétique des agriculteurs

Face à l’aggravation de la précarité énergétique et à la fragilisation du monde agricole, un collectif d’acteurs associatifs et de partenaires de la filière des énergies renouvelables s’associent pour lancer un programme expérimental en Auvergne-Rhône-Alpes, dédié aux agriculteurs et agricultrices vivant dans des “logements-passoires” ou bloqués dans la réalisation de leurs travaux de rénovation énergétique. Explications !

 

Le lancement de cette expérimentation a eu lieu mardi 10 mars dernier, lors du salon Open Énergies à Lyon, lors d’une conférence réunissant Jean-Luc Fugit, député de la 11e circonscription du Rhône, Clara Trevisiol, Présidente de l’association AuRA Digital Solaire, Aurélie Lerebourg, Déléguée générale d’Énergie Solidaire, les associations partenaires, et Frédéric Marillier, directeur d’Enercoop AuRA.

 

Un public particulièrement touché par la précarité énergétique

 

En Auvergne Rhône-Alpes, près de 14 % des ménages sont en vulnérabilité énergétique, un chiffre plus élevé que pour l’ensemble de la France métropolitaine (10,8% en 2022). Parmi ces ménages, les personnes âgées et les agriculteurs sont particulièrement touchés, ce à quoi s’ajoute le fait que 20,1 % des ménages agricoles du territoire vivent en situation de pauvreté monétaire, ce qui place la Région à la 3ème place au niveau national (étude INSEE 2025). Logements anciens, mal isolés, énergivores, factures élevées et restriction de chauffage caractérisent de nombreuses situations, avec des conséquences directes sur la santé, le confort et le pouvoir d’achat. À la suite d’un diagnostic territorial mené en 2025, et dans la continuité du programme CEE AEELA (Accélérateur des économies d’énergies pour le logement des agriculteurs) mené dans la Région entre 2019 et 2021, l’association Énergie Solidaire a souhaité rassembler différents partenaires pour co-construire un programme de lutte contre la précarité énergétique adapté aux réalités des territoires ruraux. Son objectif est de débloquer des projets de rénovation énergétique aujourd’hui dans l’impasse, notamment en raison d’un reste-à-charge financier (c’est-à-dire la somme restante à payer après les aides, notamment de l’État) que les ménages ne peuvent assumer seuls.

 

Une gouvernance locale et “partagée”

 

Énergie Solidaire assure le pilotage global du programme : levée de fonds auprès des entreprises de la transition énergétique et des acteurs publics du territoire, promotion et valorisation du programme, coordination, gestion, animation des instances, suivi et évaluation du programme. Un consortium opérationnel a été monté, composé de 5 associations locales : L’Union Régionale SOLIHA Auvergne-Rhône-Alpes, Les Compagnons Bâtisseurs Auvergne et Rhône-Alpes, Terre de Liens Rhône-Alpes et Travaux Suspendus. Ces associations assureront le repérage des ménages, la réalisation des diagnostics socio-techniques, l’accompagnement des ménages pour mener à bien leur projet de travaux, ainsi que le suivi des chantiers. Une commission d’admission étudiera les dossiers au fil de l’eau et priorisera les accompagnements en fonction de la situation des ménages. Sont concernés les agriculteurs et agricultrices propriétaires occupants modestes ou très modestes, en activité ou retraités. Par ailleurs, Énergie Solidaire cherche à rassembler un consortium de financeurs locaux, pour financer et développer le programme. Aujourd’hui, 5 entreprises de la filière des Énergies Renouvelables (EnR) ont déjà rejoint l’aventure et permettent à cette expérimentation de prendre vie et de se lancer : Enercoop Auvergne-Rhône-Alpes, Générale du Solaire, Irisolaris, BayWa r.e. et Abo Energy. L’objectif est de récolter 100 000 euros la première année du programme, et d’accroître cette levée de fonds au fil du temps. L’enjeu de mobiliser la filière des EnR ? Assurer un partage de la valeur des projets d’énergies renouvelables local, au profit de la rénovation des logements des plus précaires. Un moyen simple et efficace pour les entreprises qui souhaitent œuvrer à une transition énergétique plus juste et solidaire. Des entreprises d’autres secteurs pourront également intégrer ce consortium, dans le but de pouvoir réunir davantage de moyens et de faire croître le nombre d’agriculteurs et d’agricultrices soutenus par ce projet.

 

La rénovation performante des logements en ligne de mire

 

L’ensemble des partenaires accordera une attention particulière aux rénovations globales, seule solution durable pour sortir durablement les agriculteurs de la précarité énergétique, en mobilisant, lorsque cela est pertinent, l’auto-réhabilitation accompagnée et les chantiers participatifs. Ces modalités d’intervention permettront de réduire les coûts des travaux, de favoriser l’implication des ménages, de renforcer la solidarité et la transmission de savoir-faire. Les fonds collectés pourront également financer le reste-à-charge des travaux : un frein déterminant, alors même que plus de la moitié de ces restes-à-charge sont aujourd’hui inférieurs à 10.000 euros. Pour sa première année, le programme cible en priorité des ménages aux situations financières ou familiales complexes, dont les projets de rénovation n’ont pas pu aboutir malgré les aides de droit commun. Il vise à débloquer ces situations, parfois urgentes, afin de permettre une sortie durable des difficultés de logement.

 

Suite et perspectives

 

La lutte contre la précarité énergétique dans le logement est une illustration concrète de l’engagement des acteurs en faveur du monde agricole. « La filière des énergies renouvelables, et en particulier le solaire, a un rôle essentiel à jouer aux côtés du monde agricole. Se mobiliser autour des enjeux ruraux, c’est reconnaître que la transition énergétique ne peut se faire sans celles et ceux qui vivent et travaillent sur ces territoires. En luttant contre la précarité énergétique, nous contribuons à une transition plus juste, qui redistribue la valeur et soutient concrètement le monde rural » souligne Clara Trevisiol, Présidente de l’association AuRA Digital Solaire. Aujourd’hui, le programme recherche de nouveaux partenaires publics et privés afin d’amplifier son impact et de répondre aux besoins identifiés sur le territoire. Les dons effectués dans ce cadre sont défiscalisables à hauteur de 60 % pour les entreprises. L’expérimentation lancée en Auvergne-Rhône-Alpes, pourrait à terme être déployée dans d’autres régions confrontées aux mêmes problématiques de précarité énergétique des agriculteurs et des agricultrices.

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