Le commensalisme (du latin cum-, « avec » et mensa, « table », par exemple « compagnon de table » ou « manger à la même table ») est un type d’interaction biologique naturelle et fréquente ou systématique entre deux êtres vivants dans laquelle l’hôte fournit une partie de sa propre nourriture au commensal. Expliqué plus prosaïquement, vous êtes à table en terrasse d’un restaurant et le reste de votre pain ou de votre coupe de glace va faire le bonheur des petits moineaux alentours. Ils vont se nourrir de vos miettes sans que cela ne vous nuise en aucun cas.
Eh bien le PLF (Projet de Loi de Finances) 2027, c’est exactement le contraire. Pour réduire la dette, le gouvernement applique le remède fiscal habituel, à savoir l’élargissement de l’assiette, tous azimuts, afin de faire contribuer un maximum de personnes à l’effort public, jusqu’à atteindre l’indécence. Où quand un ministre des Finances explique que l’on vit très correctement en France avec 2000 euros de retraite par an.
Pour le photovoltaïque, la potion devrait également être amère, autant semble-t-il que la désaffection des renouvelables pour les fonctionnaires de Bercy. L’article 82 du projet de loi prévoit ainsi plusieurs dispositions comme la résiliation anticipée des contrats d’achat « S6-S10 » pour les projets supérieurs à 250 kWc, l’élargissement de l’obligation d’arrêt ou limitation de la production en période de prix négatifs pour les installations supérieures à 100 kWc et réduction de la compensation (entre 0 et 10%) ou de la prime versée aux producteurs ou encore la révision tarifaire de contrats signés S21 pour des installations de 300 à 500 kWc.
Une certitude, le gouvernement vise le photovoltaïque pour chercher des économies dans son budget. Et il annonce vouloir s’en prendre à des installations de puissances de plus en plus petites. Jusqu’à aller grignoter les moindres… des miettes. Quelques dizaines de millions d’euros… Mais à l’inverse du commensalisme, ce picorage n’est pas sans effet sur celui qui le subit. A ces niveaux de puissance, entre 100 et 500 kWc, ce sont souvent de petits producteurs d’énergie – agriculteurs, artisans ou petites collectivités – qui sont pris pour cible. Quand on connaît les revenus du monde agricole, le solaire apporte souvent le petit complément pour vivre décemment. Vital ! Il en est de même pour de nombreux artisans en cette période de crise où les prix des carburants piétinent les marges. Et que dire des collectivités de plus en plus exsangues qui elles aussi devraient se serrer la ceinture et sacrifier des projets de développement, privées des ressources de la vente d’électricité.
Non Bercy n’est pas ce petit moineau friquet qui vient se sustenter de petits riens aux abords de nos assiettes. Il serait plutôt cet aigle noir qui viendrait jeter une ombre glaciale sur les revenus des centrales photovoltaïques, bafouant par la même la parole de l’Etat qui n’a jamais été aussi démonétisée qu’à l’heure actuelle.
En matière de solaire, Bercy pourrait alors, à défaut de moineau, s’apparenter à l’aigle de Prométhée, vautour-miettes, qui viendrait chaque jour, dans un supplice quotidien, dévorer le foie du dieu de l’anticipation mais aussi de la technique, de la science et de la connaissance qui permet à l’humanité de s’élever au-dessus de sa condition. Ce que permet d’ailleurs la technologie photovoltaïque sur toute la planète et en particulier dans le Sud Global. Une certaine idée audacieuse du progrès ! En France rien de tout cela, le ministère des Finances a trouvé avec l’énergie solaire son Prométhée, une filière vouée à la géhenne… miette par miette !

