Bosch Solar Energy : Un bon coup de soleil après un sérieux coup de pompe

Alors que l’industrie solaire photovoltaïque mondiale est secouée par une tempête sans précédent, le groupe allemand Bosch a inauguré, le jeudi 15 mars dernier et après seulement huit mois de travaux, une usine d’assemblage de modules photovoltaïques – 150 MW de capacité de production – au sein de son centre industriel de Vénissieux dans la banlieue lyonnaise. Le tout dans une apparente sérénité ! Malgré le contexte international tendu, le groupe Bosch ne cède pas à la panique et affiche ses certitudes : Son statut atypique de société non cotée libéré du joug des actionnaires, sa philosophie basée sur des perspectives de long terme et une vision internationale des marchés, sa culture d’entreprise fondée sur la qualité et l’innovation avec en 2011 une réaffectation de quatre milliards d’euros de résultats en Recherche et Développement. Résultats : Le dépôt de 4100 brevets en 2011 soit près de seize par jour. Autant de spécificités qui permettent à Bosch de croire en son avenir dans une industrie solaire au bord de la dépression !

Comme un symbole. Le staff dirigeant du groupe Bosch a pris la décision définitive de transformer son unité de fabrication de pompes d’injection Common Rail en une usine d’assemblage de modules photovoltaïque en décembre 2010 alors que le moratoire photovoltaïque venait juste d’entrer en application. Cet avatar de poids n’a pas eu le don de décourager l’initiative. Depuis 2009, le groupe Bosch travaillait à la reconversion industrielle de son site de fabrication de pompes frappé d’obsolescence, la fameuse désuétude programmée. A l’époque, les solutions n’étaient pas légion. Finalement, l’option solaire photovoltaïque a fini par s’imposer. Grâce à cette nouvelle unité de production, Bosch est parvenu à préserver 200 emplois sur son site diesel de Vénissieux. Rappelons tout de même qu’avec 8000 salariés, Bosch, spécialiste de l’automobile, des biens de consommation et des techniques industrielles dont le solaire, se positionne comme l’un des plus gros employeurs industriels de l’Hexagone. Dans le monde, le groupe compte 303 000 collaborateurs. Un géant !

Au plus près des clients d’Europe du Sud et du Nord de l’Afrique

Avec cette solution de substitution solaire, un nouvel avenir se dessine donc pour le site de Vénissieux: « Le succès de la transformation de cette usine est le fruit d’un dialogue social exemplaire et inédit », souligne Guy Maugis, président de Bosch France. Le site et tous ses emplois ont pu être préservés par la volonté et la mobilisation de l’ensemble des salariés, de la direction de l’usine, de la direction de Bosch France, des responsables du Groupe en Allemagne et de l’ensemble des représentants du personnel, en collaboration avec un expert économique, l’Agence de Développement Economique de la Région Lyonnaise (Aderly) et des élus locaux. « Nous avions un devoir moral vis-à-vis des salariés qui n’ont jamais cessé d’œuvrer dans l’excellence. Ici, personne n’a brûlé de palettes. Nous devons être dignes de cet engagement, la vraie richesse de ce site. De plus par sa situation géographique, la France bénéficie d’un bon ensoleillement, particulièrement dans le Sud du pays. Bosch est une marque forte et la présence d’un site de fabrication de modules photovoltaïques sur le sol français constitue un atout supplémentaire pour compter parmi les leaders du marché national » poursuit Guy Maugis. Jürgen Pressl, Membre du Directoire de Bosch Solar Energy et responsable de la production, ajoute : « Grâce au site de production de Vénissieux, nous sommes plus proches de nos clients français, mais aussi de ceux du Sud de l’Europe et du Nord de l’Afrique, ce qui permet une prise en compte plus rapide et plus efficace de leurs exigences. »

Objectif qualité pour un investissement de 25 millions d’euros

Exit donc l’unité de production pompes diesel. Le bâtiment concerné a subi une cure de jouvence et un coup de peinture blanche et fraîche. Les puits de lumière installés en sheds dispensent une belle lumière au sein de l’espace pour un confort de travail indéniable. Une première ligne de production délivre déjà depuis début janvier les premiers panneaux. « Dès le lancement de la production, ce site Bosch a pu mettre à profit la richesse de l’expérience acquise par le passé dans le secteur automobile avec des statistiques de moins de un défaut sur un million. Je ne doute pas que nos clients seront convaincus par la qualité de notre production et de nos produits », souligne Jürgen Pressl, Membre du Directoire de Bosch Solar Energy et responsable de la production. En avril 2012, une deuxième ligne sera opérationnelle. Au total, il n’aura fallu que huit mois pour installer cette unité de production d’une capacité de 150 mégawatts crête qui représente un investissement de 25 millions d’euros. Il faut dire que le groupe Bosch recèle en interne de fortes compétences en matière de conception de lignes automatisés et de machines dédiés. Laminateur et lignes de fabrication des strings mis à part, toutes les machines sont estampillées Bosch. Voilà qui explique la prompte réactivité de la société à mettre en place l’outil de fabrication ! Cette unité d’assemblage de modules s’impose aujourd’hui comme la plus grande et la plus moderne de France. Lorsqu’elle atteindra sa pleine capacité prévue d’ici juillet prochain elle produira plus de 2000 modules par jour, ce qui correspond à un volume annuel de plus de 600 000 modules, soit l’équivalent de la consommation électrique de 51 000 foyers français. Spécificité : Les lignes équipant la nouvelle usine offrent une grande flexibilité. Vénissieux pourra ainsi produire 5 types différents de modules photovoltaïques Bosch, monocristallins mais aussi polycristallins.

La valse des robots pleine de coordination maîtrisée

Ce qui saute aux yeux lors de la visite de l’usine, c’est le niveau d’automatisation des lignes. Cette unité de fabrication se situe au niveau des plus hauts standards mondiaux en la matière. Les interventions humaines se cantonnent à des contrôles visuels de qualité et à trois à quatre postes identifiés. Sur la ligne, une personne consacre son temps à peaufiner des soudures sur des strings pour lesquelles la machine aurait été déficiente. Il y a peu de malfaçons mais l’enjeu est d’importance tant le coût des cellules pèsent dans le bilan économique d’un module. Les autres postes concernent le passage des connecteurs à travers l’EVA et la mise en place des boîtes de jonction et des cadres aluminium. Pour le reste, les machines sont à l’ouvrage à un rythme soutenu. Des soudures à chaud et par induction automatiques des strings aux tests de flashage en passant par le laminateur à huit étages, l’ébavurage, la sécurisation des cadres aluminium pour les rendre moins abrasifs jusqu’au conditionnement en palettes en fonction des codes barres et de la traçabilité induite, la valse entraînante des bras robots est pleine de fluidité et de coordination maîtrisée. La machinerie semble bien huilée. Sans fausse note. « Notre philosophie actuellement est de supprimer toutes les scories et les petits défauts le plus vite possible pour atteindre un climax de perfections » insiste un ingénieur du groupe. A chaque étape, le produit est contrôlé, de prises de vue par caméras aux contrôles de qualité via électroluminescence. Rien n’est laissé au hasard ou à toute autre forme de nécessité objective. Sur la ligne, Chrystelle, 45 ans, se réjouit de son nouveau métier. Elle manipule les capteurs avec une collègue et les contrôle visuellement. Cela lui change des pompes plutôt lourdes (environ 8 kg) sur lesquelles elle travaillait. « Fabriquer des panneaux solaires, c’est quelque chose de plutôt valorisant. On travaille pour faire du bien à la planète. En plus, les conditions de travail sont idéales, sans bruit, sans odeur ». 75% des personnels formés pour cette nouvelle activité ont été formés en Allemagne entre quatre et quinze semaines par les équipes de Bosch. Les autres seront formés à Vénissieux par ces nouveaux spécialistes.

« Le patient use toujours l’impatient »

Les cellules assemblées à Vénissieux sont produites en Allemagne par Bosch avec une capacité totale de 650 MW et une ambition prochaine et à court terme de 750 MW. Ce sont pour l’essentiel des cellules de type mono cristallin. Pour les cellules polycristallines, Bosch achète chez son voisin Q-Cells. Via sa filiale Aleo, Bosch assemble également jusqu’à 700 MW de modules en Allemagne. En 2011, Bosch Solar Energy a augmenté ses ventes mais a revu son chiffre d’affaires à la baisse autour des 800 millions d’euros. La faute a un marché certes dynamique mais qui a vu les prix s’effondrer littéralement en raison de la surproduction mondiale et des stocks induits. Avec en corollaire, les faillites qui se multiplient ! Pour 2012, personne ne se risque à un quelconque pronostic. Comment Bosch compte-t-il tirer son épingle du jeu dans ce jeu de massacre ? On l’a dit Bosch est en capacité de donner du temps au temps. « Le patient use toujours l’impatient » écrivait Paul Morand dans l’Homme pressé. « A l’heure actuelle et comme tous les concurrents, nous ne sommes pas rentables. Nous comptons nous distinguer par une qualité de production hors norme, comme vous pouvez le voir ici, à Vénissieux et par l’innovation. N’oubliez pas que nous avons investi plus de quatre milliards d’euros en R&D rien que sur l’année 2011. Nous sommes en bonne position pour baisser nos coûts autour d’un objectif de prix adapté et en étant très offensif. Nous travaillons aussi sur l’effet d’échelle, entre l’Allemagne, la France et la Malaisie. Même si notre projet de créer une usine en Asie est retardé, il n’est pas stoppé pour autant. Cependant, ne soyons pas dupes les GW ne font pas tout. Nous misons davantage sur une production intelligente, et simple. Nous visons le top 3 mondial non pas en termes de volumes produits mais en termes de rentabilité » insiste Jürgen Pressl. La rentabilité, cheval de bataille d’un groupe, faut-il le rappeler, qui ne connaît pas la pression des actionnaires. Pour Bosch, pas de doute, le solaire photovoltaïque représente une activité industrielle d’avenir une fois « que nous aurons balayé devant notre porte » ajoute Jürgen Pressl

Encadrés

L’usine de Vénissieux en quelques chiffres

Une capacité de 150 Mégawatt crête
Investissement de 25 millions d’euros
Plus de 200 emplois seront dédiés à l’activité photovoltaïque
8 mois de travaux pour installer cette unité de production
2000 modules par jour, ce qui correspond à un volume annuel de plus de 600 000 modules, soit l’équivalent de la consommation électrique de 51 000 foyers français.

Une unité logistique bientôt opérationnelle en région Rhône-Alpes

Depuis janvier 2011 Bosch a ouvert en France une structure commerciale au siège de Robert Bosch France à Saint-Ouen. Dans quelques semaines, Bosch ouvrira un centre logistique en région Rhône-Alpes qui sera capable d’envoyer des capteurs solaires dans toute l’Europe du Sud et le Nord de l’Afrique. Pour l’heure, les modules sont envoyés en Allemagne qui opère la logistique.

500 MW engagés pour les Appels d’Offres de la CRE

En réponse aux appels d’offres de la CRE, Bosch annonce une puissance de 500 MW engagés dans l’aventure. Informations de Jean-Marc Auffret, directeur des ventes France de Bosch Solar Energy. Combien seront réellement retenus ? C’est une autre histoire !

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