Bilan énergétique de la France pour 2012 : Où en est l'énergie solaire ?

Le bilan énergétique est un outil indispensable pour fonder les politiques et les stratégies dans le domaine énergétique. Ce n’est pas un hasard si, dès l’après-guerre, le Commissariat général au Plan a commencé à élaborer ce qui allait ensuite évoluer vers le bilan de l’énergie tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le bilan de l’énergie est un outil de présentation synthétique des flux des différents produits énergétiques d’un pays donné pour une année donnée. Il met en cohérence les statistiques portant sur tous les flux énergétiques : l’approvisionnement national, l’activité de transformation de l’énergie, la consommation finale de l’énergie, tant pour des activités énergétiques que non énergétiques. Il présente et analyse l’ensemble des flux d’énergie produits, importés, transformés, consommés, exportés par notre pays tout au long de la dernière année écoulée.

L’approvisionnement : nouveaux records pour les filières renouvelables, tassement des énergies fossiles et traditionnelles

La production nationale d’énergie primaire s’est tassée en 2012 à un peu plus de 136 Mtep, soit une baisse d’un peu plus de 1 % par rapport au record établi en 2011. Elle est presque entièrement imputable à l’électricité nucléaire, qui a diminué de 3,8 %, soit plus de
4 Mtep, en raison d’une disponibilité moindre des centrales cette année. A contrario, en 2012, les filières renouvelables ont toutes retrouvé des couleurs après une année 2011 très contrastée. Après avoir atteint son plus bas niveau historique en 2011, la production hydraulique (y compris pompage) a augmenté de 25 % en 2012 grâce à la fin de la sécheresse des deux dernières années. Les installations continuant leur progression, l’électricité éolienne, photovoltaïque et l’énergie provenant des renouvelables thermiques et de la valorisation des déchets ont toutes augmenté leur production en 2012. Au total, l’ensemble des filières renouvelables ont produit près de 4 Mtep supplémentaires par rapport à 2011.

En 2012, la production d’électricité en France métropolitaine a été assurée à 76 % par le nucléaire, à 11 % par l’hydraulique, un peu moins de 10 % par le thermique classique « à flamme », 2,7 % par l’éolien et 0,7 % par le photovoltaïque dont la part, certes encore marginale, a presque doublé entre 2011 et 2012. Au total, la production d’électricité d’origine renouvelable progresse de 27 % à 82,4 TWh, grâce notamment au retour d’une production hydraulique renouvelable plus proche de son niveau moyen (+ 12,9 TWh en 2012 contre – 17,6 TWh en 2011). S’y ajoutent les hausses significatives des productions éolienne (+ 2,7 TWh) et photovoltaïque (+ 2 TWh) et, dans une moindre mesure, celle de la biomasse (+ 0,2 TWh).

L’impact du solaire allemand sur les importations

Le solde des échanges extérieurs physiques, globalement exportateur, a baissé de 21 % en 2012 après avoir progressé de 84 % en 2011 et de 20 % en 2010. Il diminuait de façon quasi continue depuis le pic de 2002 (77 TWh), pour tomber à 26 TWh en 2009, niveau le plus bas atteint depuis 1986. La fluidité des interconnexions entre pays facilite les échanges en privilégiant le recours à l’énergie disponible à prix attractif au détriment de la mise en œuvre de moyens de production nationaux économiquement peu compétitifs. La dégradation du solde en 2012 provient d’une diminution de 14 % des exportations et d’une augmentation de 29 % des importations. Seules nos exportations nettes vers l’Espagne, la Grande-Bretagne et la Belgique ont augmenté en 2012, tandis que les sorties nettes d’électricité à la frontière franco-allemande ont régressé de 38 % : l’Allemagne disposant en 2012 d’une électricité à la fois abondante et à prix attractif (photovoltaïque, éolien et charbon) a pu en exporter vers ses voisins, y compris la France.

Relative stabilisation du marché du solaire thermique

Avec près de 185 000 m² installés en première estimation en 2012, les surfaces installées sont restées quasi stables. Comme en 2011, les évolutions selon les différents segments du marché sont contrastées : les signes d’essoufflement se sont poursuivis sur les installations individuelles, du fait de l’érosion encore sensible des ventes de systèmes solaires combinés chauffage et eau chaude (SSC). Sur le segment des chauffe-eau solaires individuels (Cesi), le marché semble s’être en revanche à peu près stabilisé. Tout comme en 2011, le secteur collectif/tertiaire aurait enregistré une progression significative, en raison notamment du développement du résidentiel collectif neuf BBC. Ainsi, pour la première fois, la part du marché du secteur de l’eau chaude collective aurait dépassé celui de l’eau chaude individuelle. Elle pourrait encore s’accroître avec la mise en service progressive des installations bénéficiaires du fonds chaleur (soit 1 255 installations pour 102 270 m² en cumul sur les quatre années 2009 à 2012, dont 295 étaient en construction en 2012). Malgré la stabilisation globale du marché en 2012, le parc en activité a continué à progresser : il est évalué à 1 765 000 m2 au 31 décembre 2012, soit une hausse de près de 11 % par rapport à 2011 ; de ce fait la production estimée à 79 ktep progresse à peu près dans les mêmes proportions. partir de 2012 (avec rétropolation sur les années antérieures), la méthodologie relative à la comptabilisation de la chaleur solaire thermique préconisée dans le cadre de la directive et recommandée par Eurostat a été appliquée à la France.

Ensemble des énergies renouvelables (EnRt + EnRé)

En ajoutant aux EnR thermiques la production d’électricité hydraulique renouvelable, éolienne et photovoltaïque (comptabilisée dans la colonne électricité du bilan), on obtient la production primaire de l’agrégat « EnRt et EnRé », c’est-à-dire de l’ensemble des énergies
renouvelables (thermiques et électriques). Elle atteint 22,4 Mtep en 2012, en hausse de 19 % après – 13,2 % en 2011 et + 9,2 % en 2010. L’année 2012 a ainsi nettement dépassé son niveau de 2010.

Bilan électrique en outre-mer : hausse de la production, liée aux énergies renouvelables

Chaque département d’outre-mer (DOM) est une zone non interconnectée, sans possibilité d’échange d’électricité avec l’extérieur, qui, à chaque instant, doit produire l’électricité dont elle a besoin et ne peut exporter celle dont elle n’a pas l’usage. En 2012, les quatre principaux DOM ont produit 7,6 TWh d’électricité, dont 1,6 TWh d’électricité primaire (20,5 %). En métropole, en raison du poids de la production nucléaire, l’électricité primaire occupe une part prépondérante (plus de 90 % des 561,2 TWh d’électricité produits). Les centrales thermiques classiques constituent ainsi la source principale d’électricité ultramarine, mais leur part dans le total tend à diminuer, notamment du fait du développement du photovoltaïque. Une partie de la production d’électricité thermique est issue d’énergies renouvelables : bagasse en Guadeloupe et à la Réunion, bois en Guyane, biogaz à la Réunion et ordures ménagères en Martinique. En 2012, la production totale brute d’électricité dans les DOM a progressé de 1,5 % par rapport à 2011, du fait des énergies renouvelables (+ 21,5 % sur un an). Ces dernières ont représenté 25,6 % de la production totale, soit quatre points de plus qu’en 2011.

En Guadeloupe et en Martinique, la production est principalement assurée par des centrales thermiques classiques, mais leur part dans le total décroît fortement (moins cinq points en deux ans pour la Guadeloupe, moins trois points pour la Martinique) au profit du photovoltaïque et, dans une moindre mesure en Guadeloupe, de l’éolien. Il y a très peu de production d’électricité primaire, notamment en Martinique où la production hydraulique est même absente et la production éolienne marginale. Dans ces deux DOM antillais, la production a légèrement augmenté en 2012 (+ 1,8 % en Guadeloupe et + 0,4 % en Martinique), après avoir diminué en 2011. La part de l’électricité d’origine renouvelable a fortement progressé, tout en restant faible en Martinique.

Plus diversifiée, la production de la Réunion s’élève à 2,9 TWh en 2012, soit 38,5 % de la production des DOM. Elle est majoritairement constituée de thermique classique (76 %). La filière hydraulique arrive en deuxième position (17 %), suivie du photovoltaïque (6 %).
Comme en Martinique, l’éolien reste marginal. La production a progressé en 2011 et en 2012, d’un peu moins de 2 % chaque année. En 2012, la production d’électricité primaire a représenté près du quart du total et l’électricité d’origine renouvelable le tiers.

Terre d’eaux abondantes, comme son nom d’origine « arawak » l’indique, la Guyane fait exception au sein des DOM. En 2012, 63 % de sa production a été assurée par l’hydraulique, plus de 5% par le solaire photovoltaïque (+48%) et le tiers seulement par le thermique classique, dont la part baisse régulièrement. La production a progressé de 2 % en 2012 après avoir stagné en 2011. En 2012, la production d’électricité primaire a représenté les deux tiers du total et l’électricité d’origine renouvelable près de 70 %. Toutes deux ont été en forte progression en 2011 et 2012.

Part des EnR dans la consommation brute finale totale

Entre 2005 et 2012, tous les indicateurs sont en hausse, confirmant la réalité des efforts déjà accomplis. La part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute totale, calculée selon la méthodologie de la directive, est estimée à 13,7 % en 2012, en hausse de 4,4 points par rapport à 2005 et de 1 point par rapport à 2011. La hausse significative de cet indicateur sur la période 2005-2012 résulte d’une augmentation de la consommation finale d’EnR de 6,2 Mtep alors que dans le même temps la consommation finale toutes énergies a baissé de près de 8,4 Mtep. Pour les renouvelables, l’accroissement de la consommation finale provient de la plupart des filières, à l’exception notable de l’hydraulique qui a vu sa production normalisée diminuer de 3,7 TWh (soit 0,32 Mtep) entre 2005 et 2012. eux seuls, les biocarburants expliquent plus du tiers de cet accroissement (+ 2,3 Mtep).

La consommation finale d’EnR, en léger retrait des objectifs du PNA en 2012

Pour 2012, le PNA avait fixé un objectif de consommation finale de 22,9 Mtep d’énergies renouvelables : celle-ci a atteint 22,0 Mtep, soit un manque de 0,9 Mtep. La consommation finale d’énergies renouvelables s’est ainsi accrue de 6,2 Mtep entre 2005 et 2012, alors que le rapport prévoyait une augmentation de 7,1 Mtep sur la période. Le déficit de production constaté concerne à la fois les composantes électriques et thermiques. Comme en 2011, l’objectif relatif à la production d’électricité renouvelable n’est pas tout à fait atteint : 97 % de l’objectif a été réalisé en 2012, soit un écart de 0,25 Mtep. La filière éolienne, pour laquelle la production atteint seulement 79 % du niveau de la trajectoire prévue pour 2012, en est la principale responsable. Le décalage par rapport à la trajectoire risque par ailleurs de perdurer dans l’attente de la mise en production des futurs parcs éoliens offshore français. La contribution de l’hydraulique, malgré le lissage des fluctuations de production, tend par ailleurs à diminuer depuis 2005 du fait de l’accumulation d’épisodes de faible hydraulicité au cours des dernières années. l’opposé, la filière photovoltaïque se distingue, et constitue la seule filière électrique en avance par rapport à la trajectoire du PNA.

Les EnR thermiques atteignent quant à elles 96 % de l’objectif qui leur était assigné (soit un manque de près de 0,5 Mtep). La situation s’améliore ainsi par rapport à celle observée en 2011. Cela provient principalement d’une consommation supérieure de bois-énergie, ainsi que de l’utilisation plus intense des pompes à chaleur, du fait d’un hiver 2012 plus rigoureux que celui de 2011. En effet, les consommations sont comptabilisées au titre de la directive sans correction climatique. La consommation de biogaz s’avère par ailleurs en nette hausse
en 2012, ce qui permet à cette filière de remplir son objectif. Quant aux biocarburants, la consommation de biodiesels est très proche de la trajectoire indiquée, contrairement au bioéthanol où l’écart est beaucoup plus important.
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