Edito d'Yves-Bruno CIVEL: Ah ! La feuille, s'envole au vent€ *

Yves-Bruno CIVEL a décidé de partir à la retraite et ses compagnons de route, parmi lesquels j’aime me compter, ont le cœur gros. Il a été pendant plus de trente ans la « plume » des énergies renouvelables, capable, dans les moments de doutes, de remobiliser les troupes en quelques mots bien troussés sous forme d’édito. Ce fut un journaliste de combat, depuis ses débuts à la « Gueule ouverte » aux cotés de Cabu et Reiser dans les années 70 jusqu’à Systèmes Solaires aujourd’hui, sans oublier son ancêtre, l’hebdomadaire Energie Solaire Actualités ou encore Action Solaire la revue du comité du même nom.

Yves-Bruno aura écrit toute l’histoire de la vraie transition vers les énergies renouvelables. Celle qui nous a conduits de l’utopie de la fin des années 70, où nous rêvions d’architecture bioclimatique, qui minimiseraient les charges de chauffage et améliorerait le confort, à la rigueur réglementaire des bâtiments à énergie positive d’aujourd’hui. Il y a trente ans le photovoltaïque n’alimentait que les sites isolés et lorsque un ingénieur de l’Ademe envisageât que l’électricité produite puisse être injectée sur le réseau, il fut immédiatement sanctionné sous la pression de l’administration. Les temps ont bien changé, mais il ne faut rien oublier et espérons qu’Yves-Bruno depuis sa Normandie saura écrire cet indispensable livre de l’histoire des EnR que nous attendons déjà.

André Joffre

Nous reproduisons ci-dessous, avec son autorisation, son dernier édito dans la revue Systèmes Solaires.

Ah ! La feuille, s’envole au vent *

Civel222 est un nombre uniforme qu’à titre personnel je trouve très esthétique. Il me paraît idéal pour clôturer la longue suite des numéros de Systèmes Solaires que j’ai eu l’immense bonheur de diriger pendant 30 ans avec le beau titre de rédacteur en chef !

Un journal, c’est un bébé qui naît chaque mois. On le tricote avec amour, on le pense, on le peaufine, on lui donne du sens. On le compose comme une musique Quand il arrive de chez l’imprimeur, on retient son souffle puis on respire furtivement le parfum de son encre. On caresse la main du papier, on admire son couché, on examine le rendu des couleurs. Un peu plus tard enfin, on le relit avec un œil neuf, tout en sachant qu’il est désormais trop tard pour en changer le grammage ou la tonalité ! Quelle chance, de pouvoir écrire un journal par passion ! Creuser les sujets, comprendre, questionner, laisser parler, écouter, restituer, mettre en perspective, reporter, rapporter, en laissant toute leur place aux acteurs qui transpirent sur la scène. Quelle chance de pouvoir être exigeant, de ne pas devoir se plier aux diktats des communiqués de presse si habilement pré-rédigés. Quelle chance d’avoir connu les pionniers du solaire qui n’ont jamais voulu parler le langage formaté des bonimenteurs de la communication mais celui des coups de cœur et des coups de foudre.

Quelle chance d’avoir participé à la naissance d’un mouvement, que je crois aujourd’hui irréversible, et d’avoir pu réaliser non seulement le journal d’une filière technique et économique mais aussi le journal d’une culture énergie renouvelable où se sont mêlés, sciences, histoire, sociologie, écologie pimentés par la quête d’une société qui saurait un jour accomplir sa métamorphose J’ai aimé ce journalisme là. Qui n’est pas un journalisme mondain ni un journalisme de scoop mais un journalisme de fonds, débarrassé des cancans et des complots. Un journalisme qui croît que l’exactitude n’est pas un luxe. Un journalisme de convictions et de combats qui s’efforce en même temps de provoquer des réflexes d’intelligences et d’ouvertures.

J’ai pris parti pour les énergies renouvelables – ou plus exactement pour « l’esprit des énergies renouvelables » parce que j’ai été fasciné par les réponses qu’apportait l’usage des flux, face au pillage des stocks. La notion de renouvelable répondait avec clarté à plusieurs questions que je me posais et qui tournaient toutes autour de la surexploitation de la planète. En 1972 je savais déjà qu’elle était la plus belle partie de nous-mêmes. Au moment de laisser au vent cet édito s’envoler, je salue mes lectrices et mes lecteurs avec lesquels j’ai tant aimé cheminer ; Alain Liébard mon président qui fut un très solide binôme ; mon vaillant équipage qui reste sur le pont. Je pense aussi à mes aînés dans la fonction, Paul Blanquart le dominicain sociologue, Michel Philibert le philosophe gérontologue et Henri Montant l’humoriste libertaire. Tous trois, chacun à sa façon, m’ont accordé, en mon jeune temps, et leur amitié et leur imprimatur

Yves-Bruno Civel
Rédacteur en chef

* Merci aux filles de La Rochelle !

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